| "Bonjour et bienvenue
avec nous sur le plateau de vis ma vie, l'émission qui vous permet
de devenir quelqu'un d'autre, quelqu'un que vous n'auriez jamais imaginé
être et cette personne deviendra vous et vivra, en direct, devant
nos caméra en feu, l'une de vos journée.
Aujourd’hui, avec moi: Mouloud et Adolphe, Mouloud, vous êtes
noir!
-Oui, en effet, je suis noir...
-Et quel métier exercez vous?
-Je suis serveur au café du...
-Ah, je regrette, pas de noms propres en direct! Et à part celà,
être de couleur vous pose-t-il des problèmes sur le plan
professionnel?
-Parfois, oui, mon patron m'accuse dès que son gamin chipe un truc
dans la réserve
-Et... sur le plan personnel?
-Parfois, oui, les flics me demandent mes papiers quatorze fois dans la
journée.
-Et... vous en souffrez?
-Non, je suis habitué...
-Très bien, Adolphe, vous êtes raciste?
-Non, je ne suis pas raciste mais bon sang, regardez la France!
-Et quel est votre métier?
-Gardien de la paix
-Et durant vos temps libres?
-Je milite au Front National.
-Très bien, nous vous rappelons le principe de l'émission:
Nous offrons le mois d'août à Ibiza en V.I.P. à celui
de vous deux qui aura le mieux su s'adapter à la vie de l'autre.
Le verdict sera donné par les téléspectateurs qui
pourront voter par S.M.S. au numéro qui s'affiche en ce moment
au bas de l'écran. Pour Mouloud, tapez 1, pour Adolphe, tapez 2.
Et maintenant voici, en image, la journée, d'Adolphe dans la vie
de Mouloud!"
"Adolphe est raciste.
Il n'aime ni les noirs, ni les arabes, ni les asiatiques, ni les américains,
ni les sud-américains ni les autres.
Il aime bien les étrangers mais tant qu'ils restent chez eux.
Aujourd’hui, pour "vis ma vie" il va passer la journée
dans la peau de Mouloud, un jeune serveur noir. Pour commencer sa journée,
Adolphe devra passer une demi heure avec nos relookeuses qui vont lui
mettre de la suie sur le visage et lui injecter du botox dans les lèvres
et le nez pour qu'il ressemble à un noir.
Ca y est, Adolphe est noir! Il sort du studio. Alors Adolphe, quel effet
ça fait?
-Ha ha! C'est génial. Vraiment, regardez, on dirait vraiment un
noir, c'est incroyable, j’pensais pas m'amuser autant! Si les collègues
me voyaient...
-Ils vous verront Adolphe.
-Dites, ça va pas rester vot' truc là, dans le nez?
-Ne vous inquiétez pas, dans un mois, vous ne verrez plus rien.
-Quoi? Je vais rester un mois avec ce putain de nez de nègre?
-Je vous en prie, nous passons à l'antenne. Ce n'est que...
-Vous faites vraiment chier, je vais m' faire tabasser lundi au boulot!
-Ha! Ha! Ha! Sacré Adolphe, toujours le mot pour rire. Bon, on
va vous accompagner à votre nouveau travail, d'accord? Allez, suivez
moi!
Quelques minutes plus tard, Adolphe vient de passer le portillon du Metro
Montparnasse lorsque des controleurs surgissent de derrière le
pylone central et l'interceptent.
-Alors toi, viens par là!
-Moi?
-Oui toi, fais voir ton billet et tes papiers!
-Qui, moi? Mais ça doit être une erreur, je suis... Ah, oui,
merde, c'est vrai, j'avais oublié. Tenez.
-Mes félicitations pour le ticket, on t'aura au moins appris ça!
Tes papiers maintenant!
-Euh... Tenez.
-C'est très bien, il a des papiers. On sait que chez toi, ils connaissent
pas tous les papiers. Y'en a qui font ça avec la main gauche, pas
vrai les gars?
-Ha, ha, ha, ha, ha! Elle est bien bonne Thierry!
-Ok, c'est en règle. Tiens, reprend ça, et fais y bien attention:
si tu les perds, on te renverra dans ton pays avec tes douzes gosses!
-Merci monsieur...
Nous faisons quelques pas avec Adolphe et nous lui demandons pourquoi
il n'a pas réagi.
-Adolphe, pouvez vous nous dire pourquoi vous n'avez pas réagi?
-Oh, c'est pas bien grave, vous savez, il faut bien qu'ils s'amusent...
En sortant du métro, un patrouille de police interpelle Adolphe
en lui redemandant ses papiers:
-Bonjours monsieur, contrôle d'identité s'il vous plaît!
-Euh... Tenez. Vous savez, ça fait déjà la deuxième
fois aujourd’hui...
-On ne fait que notre travail monsieur!
-Bon... Au moins vous êtes plus poli que les contrôleurs.
-On est des professionnels. Allô, central? On a un Mouloud Benoît
là, vous pouvez vérifier son numéro d'identité?
Oui, merci...
-C'est bon, je peut y aller?
-Vous restez ici s'il vous plaît!
-Bon...
Une dizaine de minutes plus tard, les policiers laissent partir Adolphe.
Nous lui demandons s'il est plus gêné de cette deuxième
interpellation.
-Etes-vous plus gêné de cette deuxième interpellation?
-Non, bien sur. Ca me rassure de voir que tous les collègues font
leur boulot correctement.
Au cours du trajet, qui l'emmène au café où il doit
travailler, Adolphe est arrêté sept fois de suite par des
passants. Deux lui ont demandé s'il vendait des cigarettes, deux
lui ont demandé où est-ce qu'on pouvait se procurer du Haschich,
une lui a demandé s'il avait des sacs ou des blousons en cuir,
une autre lui a demandé s'il connaissait l'adresse de Romain qui
vis à Trappes et le dernier lui a dit de rentrer dans son pays.
Arrivé au café, Adolphe se fait remontrer par Jean, le patron
qui n'aime pas qu'on arrive en retard. Nous avons expliqué à
Jean la présence exceptionnelle des caméras et il a accepté
de jouer le jeu en traitant Adolphe comme s'il était Mouloud.
-Bordel, toujours en retard, celui-là! Faut croire qu'ils connaissent
pas les montres dans leurs pays! Fous toi au boulot, y'a les clients qu'attendent.
Adolphe fait comme on lui dit. Il enfile son tablier et sert les clients
mais une altercation éclate entre lui et un habitué qui
a demandé un café noir:
-j't'ai d'mandé un café noir! NOIR, tu devrais comprendre
ça non?
Le patron et l'habitué rigolent mais Adolphe prend le mot au sérieux:
-Vous avez dit "au lait"!
-J't'ai dit noir, tête de charbon!
-T'entend c'qu'on t’dis? Va chercher le café du monsieur!
Adolphe, visiblement énervé repart chercher le café
noir du monsieur. Nous l'interrogeons derrière le comptoir:
-Il m'avait dit "au lait" ce connard!
Adolphe apporte son café à l'habitué mais lorsqu'il
arrive à son niveau, l'homme lui fait un croche-pied et Adolphe
tombe en renversant tout.
-Ben alors, on sait plus mettre un pied devant l'autre?
Adolphe se relève et agresse l'homme en se jetant sur lui. Le patron,
prestement appelle au secours une patouille de police qui passe devant
son café. Ils entrent précipitamment en sortant leurs matraques
et se mettent à taper sur Adolphe. L'un d'eux aperçoit notre
caméra et nous demande de l'éteindre:
-Excusez-nous monsieur mais c'est une intervention de police! Veuillez
circuler s'il vous plaît, nous contrôlons la situation.
Nous retrouvons Adolphe peu après en cellule de garde à
vue. Il a des marques de coups sur le visage, nous lui demandons comment
il se sent:
-Alors Adolphe, comment vous sentez vous?
-Putain, j'ai mal partout, ils m'ont brisé un côte ces enfoirés.
-Et la cellule?
-Ca pue, c'est une horreur. Je sait pas combien de clodos ont pissé
sur ce mur mais c'est dégueulasse! Je hais les clodos! Je hais
les noirs! Et vous aussi, je vous hais! Bande de tantouzes pédés
de la télévision, c'est à cause de vous tout ça...
-Oh là, doucement, je vous rappelle que vous avez signé
une décharge qui indique qu'en cas de...
-Connards! Vous êtes tous des pédés, attendez que
j'sorte de là...
Le policier présent à l'accueil intervient:
-Oh! vous vous calmez là!
-Mais ta gueule, pov'connard...
-Eh, Sammy, y'a le negro qui veut un p'tit cours de français. Appelle
les autres! Tu vas voir, toi, on va te faire regretter les champs de cotons...
Cinq hommes arrivent mais ils nous obligent à sortir du commissariat.
Quelques heures plus tard, nous arrivons à expliquer la situation
aux forces de l'ordre pour qu'elles relâchent Adolphe. Il sort en
tremblant et descend avec peine les escaliers du commissariat. Arrivé
en bas, il s'écroule et n'arrive plus à se relever. Nous
appelons un ambulance qui vient le chercher et l'emmène à
l'hôpital. L'un des infirmiers se plaint en le soulevant qu'ils
viennent tous crever chez nous et cite l'exemple de ce pilote d'avion
qui a préféré continuer normalement son vol plutôt
que de faire perdre un temps précieux à tous les passagers
en essayant de sauver la vie du gars coincé dans le train d'atterrissage.
Nous le suivons en voiture mais à l'arrivée, Adolphe est
endormi et le médecin nous dit qu'il ne faut pas le réveiller.
Nous lui laissons dans ses affaires un numéro de téléphone
où nous contacter et un chèque de dédommagement pour
les ennuis causés.
Pour vous, c'était Adolphe, vis ma vie de noir, Bravo!
Retour sur le plateau de "vis
ma vie", on l'applaudit bien fort!
Alors Adolphe, comment avez vous vécu votre expérience dans
la vie de Mouloud?
-Franchement? Si j'avais pas été payé, j'aurais trouvé
ça inadmissible!
-Mouloud, lui, n'est pas payé, vous savez?
-Non, bien sur, mais il peut vendre de la drogue.
-C'est vrai. Mais maintenant, passons de l'autre coté de la barrière
en vous regardant vous, Mouloud, vivre une journée de la vie d'Adolphe.
Mouloud est noir. Nous n'avons
pas pu le transformer en blanc, c'est pourquoi nous avons informés
certaines personnes de l'entourage d'Adolphe pour qu'ils jouent le jeu
et comblent ainsi le handicap de Mouloud.
Mouloud se rend donc au commissariat, pour une fois sans menottes et rencontre
pour la première fois ses collègues que nous avons prévenus.
-Bonjour.
-Salut, ça va?
-Oui, très bien.
-Alors aujourd’hui, au programme, on a une intervention musclée
et des patrouilles. Tu as des questions?
-Euh... c'est pas un peu dangereux les pistolets mitrailleurs?
-Mais non! Tu verras si tu te retrouves face à des moudjaïdhins
du peuple ou au milieu d'une fusillade entre deux bandes qui se disputent
un quartier, tu s'ra bien content!
-Ouais, super, c'est comme au cinéma
-Il a déjà tout compris le p'tit! Aller, viens, on a une
patrouille!
Mouloud est apparemment ravi de son uniforme. Il suit ses collègues
et les observe dans leur travail. Les policiers interceptent un suspect:
-Eh, toi! Tes papiers!
L'homme n'a pas de papiers, il explique aux policiers qu'il est un réfugié
kosovar et qu'il attend la réponse à sa demande d'asile
politique. Les policiers le plaquent au sol et lui donnent des coups de
matraques dans les côtes...
-Alors, ordure, t'as cru que tu pouvais ramener ta sale guerre chez nous?
Hé le nouveau!
Mouloud, visiblement surpris répond:
-Moi?
-Ouais, toi! Tu veux t'amuser?
-Je sait pas si je peut...
-Oh là, la fleurette! Tiens, Frank, file lui les menottes, il va
s'entraîner.
Mouloud passe les menottes aux poignets du kosovar. Quelques minutes plus
tard, une sirène annonce l'arrivée du fourgon qui emportera
l'immigré clandestin sur le chemin de son pays. Mouloud a l'air
satisfait. Nous lui demandons:
-Alors, Mouloud, ça vous plait?
-Ouah, c'est génial, eh! Comme dans les films!
Quelques heures plus tard, Mouloud prend sa pause du matin et boit le
café avec ses collègues. L'ambiance est détendue
et tout le monde rit mais dans quelques minutes, Mouloud va vivre, devant
nos caméras, sa première intervention. Calme et souriant,
il monte dans le car qui l'emmène sur les lieux. De la vitre, il
nous montre son pousse et sourit de toutes ses dents blanches comme pour
nous signifier qu'il est heureux.
Le lieu de l'intervention est un camp de roumains qui encombrent illégalement
et depuis plusieurs mois, le parking municipal. Il y a douze car de C.R.S.,
neuf car de polices, quatre camionnettes de la gendarmerie et une voiture
des R.G.. Mouloud est avec son équipe et son chef le laisse défoncer
la porte de l'une des caravanes. Mouloud veut faire du bon travail:
-Oh là! Que personne ne bouge! Face contre terre, aller, aller!
Toi, reste là!
Mouloud aide les policiers à amener les clandestins dans les fourgonnettes.
Quelques heures plus tard, nous le retrouvons au commissariat:
-Comment avez-vous ressentit cette première intervention?
-T'as vu, t'as vu? Blam! Dans la porte, avec le flingue et tout... Go!
Go! Go! On se les est fait ces ordures! Blam, Blam, toi, bouge pas...
-Vous êtes content?
-Ouah, c'est le plus beau jour de ma vie.
A dix-sept heures, Mouloud s'équipe pour aller avec les autres
forces de polices assurer la sécurité de la fin d'une manifestation,
place de la bastille. Nous l'interrogeons dans les vestiaires:
-Dites donc, vous êtes drôlement équipé?
-T'as vu, ça tape hein? Dis donc, j'pensais que c'était
plus lourd que ça une matraque.
-Ha, ha! C'est pour eux qu'elles sont lourdes...
Mouloud part en riant avec ses collègues. Nous le retrouvons place
de la Bastille aux prises avec des sauvageons qui manifestent contre la
guerre et pour la paix, nous essayons de le suivre:
Yah! Yah! Prend ça toi! Eh, reste couché connard! Toi là
bas, viens par ici!
Dans la confusion de l'action, Mouloud confond notre cameraman avec un
manifestant:
-Aïe, aïe, mais arrêtez... non...
-Tiens mange, saloperie de rouge!
Nous devons quitter les lieux pour emmener notre caméraman aux
urgences et repasser aux studios chercher quelqu'un pour terminer le reportage.
Nous retrouvons Mouloud dans la soirée, il sort du siège
du Front National:
-Alors, Mouloud, comment ça s'est passé? Vous avez été
bien accueillis?
-Ouah, super bien. J'suis arrivé, j'ai tout de suite sympathisé.
Ils m'ont dit qu'ils avaient toujours eu envie d'avoir un ami noir. Ils
m'ont offert du thé et on a discuté des problèmes
de la France. Ils savent pleins de choses, vous savez? Des trucs auxquels
j’avais jamais pensé...
-Comme quoi?
-J'me souvient plus trop en fait mais c'était vachement vrai sur
l'économie et tout...
-Et ensuite, vous avez fait quoi?
-On s'est raconté des blagues. Ils connaissaient pas celle du juif
et du chameau qui sont dans le désert...
-Euh oui, oui... Vous vous êtes bien amusé?
-Oh, la, oui! J’y retournerais...
Pour vous, c'était Mouloud, vis ma vie de raciste, Bravo!
Bravo, de retour sur le plateau
de "vis ma vie"! Mouloud, vous vous en êtes bien tiré...
-Tiré de quoi?
-De votre journée dans la peau d' Adolphe...
-Oh, ça, oui. Très bien! J'y vais chaques semaines à
leurs réunions et j'me sens vachement mieux maintenant. J'avais
jamais compris l'importance d'être Français...
-Mouloud, les téléspectateurs ont votés... ET C'EST
VOUS qu'ils ont choisi pour aller à IBIZA EN V.I.P. Car c'est VOUS
qui avez le mieux réussi l'épreuve de vis ma vie.
-OUAIS! OUAIS! C'est trop fort, c'est trop beau, trop grand... Oh, c'est
trop d'bonheur, ça déchire grave!
-C'est rien Mouloud, on fait ça toutes les semaines. Adolphe, pas
trop déçu?
-Si, un peu... Mais je ne regrette pas, j'ai appris des choses grâce
à cette expérience.
-Et qu'avez vous appris?
-J'ai appris que tous les noirs n'étaient pas des nègres.
Je félicite Mouloud pour sa victoire et j'éspère
qu'on se reverra aux réunions.
-Bravo Adolphe, c'est très fair-play, on en attendait pas moins
de vous. On l'applaudit bien fort!
Et maintenant, mesdames et messieurs, j'ai le plaisir d'accueillir sur
ce plateau: Malek Boutih de S.O.S Racisme, qui vient en personne remettre
le prix de l'Intégration à Mouloud. On l’applaudit
bien fort!
-Malek Boutih, bonsoir.
-Bonsoir.
-Vous êtes venu remettre un prix à Mouloud...
-Oui, je suis venu pour lui remettre ce prix de l'intégration.
Vous savez, à S.O.S. Racisme, on lutte contre le racisme et l'exclusion
et Mouloud a dis une phrase ce soir: Il a dit qu'il se sentait français!
Et ça, c'est une preuve d'intégration incroyable... C'est
pour ça, Mouloud que je te remets ce prix!
-Merci...
- Car je pense que tu dois rester un exemple d'intégration pour
les jeunes noirs et beurs des banlieues! Félicitation!
-Merci, merci beaucoup...
Voilà, c'était "vis ma vie" avec Adolphe, Mouloud
et Malek Boutih. Bonne soirée sur notre chaîne et... Ne zappez
pas! Parce qu'après, vous retrouverez la cinquième partie
de votre téléfilm: Madame Bovary avec Gérard Depardieu
et Juliette Binoche. Bonsoir à tous!
|