Dernières précautions avant de voter Electeurs et lecteurs: ça y est, nous y sommes. Dimanche, nous serons enfin libérés de l'insoutenable suspense qui nous tenaillent depuis que Sarkozy a annoncé qu'il se rasait. Pour ce dernier article avant le premier tour: nous ne parlerons ni de l'insécurité, ni des caches d'armes dans les banlieues, ni de génétique ou de scientologie, ni de qui devrait voter pour qui ou quoi ou rien, Ô vote utile. Tenant à jouer un rôle dans cette admirable démocratie (espérons qu'elle le reste) nous tenions, électeurs et lecteurs, électrices et lectrices, à vous libérer d'un poid de conscience. 100% de tonnes Il existe en France, une chose qu'on nomme sondage. Celà existe dans les autres pays, evidemment mais la France est la risée du monde entier car l'absurdité du sondage français fait rigoler toute la planête. Ce n'est pas nouveau, tous les médias ont critiqués les sondages durant cette campagne. Et ils eurent raison: les sondages n'ont jamais autant pesés dans une campagne: C'est pour toutes ces raisons que nous allons ici tenter de libérer l'esprit de l'electeur de cette plaie en précisant certaines choses sur comment son élaborées ces idioties Histoire d'un ratage Les sondages apparaissent pour la première fois durant l'élections présidentielles de 1965. Ils prévoyaient un second tour De Gaulle / Lecanuet: ce fut Miterrand qui affronta De Gaulle au second tour Pour 1969, du coup, on corrige: on sort de mai 68, la gauche était au second tour la dernière fois, les sondeurs font leur mea culpa... Encore raté c'est un second tour Poher (centre) /Pompidou qui arrive et surprend toutes les prévisions 1974: IFOP prévoit un second tour Miterrand / Chaban, C'est Giscard qui affronte Miterrand au second tour et qui l'emporte de justesse. TNS-SOFRES, prévoyait un score de 36% pour Miterrand au premier tour (ils ont droit, selon eux, à 4 points de marge). Miterrand fait 42% 1981: Toute le monde jure que la France est à droite et que Giscard sera le prochain président. Miterrand est élu à la surprise générale 1988: On se passionne pour le duel Barre-Chirac à droite, C'est Chirac qui affronte Miterrand au second tour. Le Pen est placé à 10%, il en fait 15, comme d'habitude 1995: Balladur sera élu: c'est certain. L'usure du pouvoir des socialistes, l'arrivée tardive de Jospin... C'est Chirac qui devient président 2002: Une campagne bien molle: Chirac-Jospin, Jospin-Chirac... On connait la suite Cuisine Comment on fait les sondages? C'est très simple: on appelle des gens et on leur demande pour qui ils vont voter. Comme on a pas assez de sous et que les opérateurs telephoniques sont des requins, on n'appelle en fait que les téléphones fixes. Bon à savoir: un quart de la population Française n'a plus que des portables et ne sont donc jamais interrogés. C'est pas très grave, nous disent les instituts, ils voteront comme les autres... voilà quelque chose de scientifique. On appelle donc 150 fois la même femme au foyer et on essaye de lui demander si elle a à proximité, une petit bout de France qu'on voudrait reconstituer. Exemple: il y a X pourcent de la France qui sont des ouvriers, le sondage doit interroger X pourcent d'ouvriers, celà parait logique. Pareil pour les cadres, les femmes, les jeunes... Evidemment, comme l'ouvrier travaille et que le jeune à un portable, on en a jamais assez. Que fait-on? C'est très simple: on considère que ceux qu'on a réussis à interroger parlent pour les autres. Si on a eu 2 jeunes et que les deux vont voter Sarko: toute la jeunesse de France votera Sarko. Du brut et du net Ce qu'on obtient alors, ce sont les résultats bruts. Ceux là ne sont jamais divulgués. On doit d'abord les corriger, comment fait on? Là encore très simple: on prend les anciens résultats et on se base dessus pour remonter ou rabaisser les résultats de tel ou tel. Dans le brut, Le Pen est à 5%. comme il était au second tour la dernière fois, on le remonte de 10 points et il arrive à 15: magique. Cette méthode est fabuleuse: la moitié des candidats de cette année ne se présentaient pas en 2002... L'autre blague, c'est le fameux vote Le Pen qui se cache et qu'on doit donc remonter. Que va faire, cette année l'électeur de Le Pen qui n'ose pas dire qu'il vote le Pen? L'occasion rêvée est de se prononcer Sarkozy, anti-racaille et identité nationale. On se dit donc, avec le cerveau du novice, que le vote Le Pen et le vote Sarko sont des vases communiquants. Que ce que je rajoute à Le Pen, je dois necessairement, l'enlever à Sarkozy Pas pour le sondeur. Lui, il laisse Sarkozy en brut (à 30%) et rajoutte 10 à Le Pen. On arrive ainsi (après l'usure de deux mandats de droite successif) à une France à 45% de droite dure ou extrême ce qui est soit impossible, soit effrayant. Des chiffres: une raison d'être Qu'est ce que c'est qu'un institut de sondages, en vérité? C'est une entreprise. Qui gère des emplois, une clientèle et doit faire des profits. Quand on est un rien commercant, on sait que la satisfaction du client est le but ultime. Et les instituts de sondages sont très commercants. Très étrangement, les résultats correspondent exactement au service clientèle: Sarkozy est en tête avec deux fois plus de sondages commandés que Ségolène qui vient en deuxième position. Vient ensuite Bayrou dont le budget de campagne ne permet pas de suivre les commandes des deux autres. Et Le Pen, me direz-vous, lui non plus ne peut pas se payer de sondages et pourtant, il est en 4 eme position. Oui mais Le Pen, c'est le reservoir de voix de Sarko pour le second tour. Et Sarko, c'est quand même le meilleur client. Il est parano l'autre avec ses sondages, quand même, c'est pas à ce point là... Pourtant, quand on sait que Laurence Parisot, présidente du MEDEF est aussi la directrice d'IFOP, on se pose des questions... Bulletin, bulletin, bulletin, tin, tin Tintamarre, tintamarre, tintamarre, marre, marre! Marre des sondage, des prévisions, des marketteurs, marre de ceux qui s'y croient déjà et de ceux qui voudraient nous convaincre de voter comme ceci ou celà car tout serait (génétiquement) joué d'avance. Dimanche, allez voter l'esprit libre. Soyez indécis, soyez convaincus, soyez citoyens. Ne calculez pas votre vote sur des chiffres car vous serez seul dans l'isoloir, seul avec un seul bulletin en main. Prenez le temps de la reflexion, prenez tous les bulletins même les pires avec vous dans l'isoloir, étalez les bien devant vous, inspirez profondément, laissez-vous envahir par cet incroyable sentiment de liberté et écoutez le silence intérieur: c'est le peuple qui parle. |