e Blog de Magog

Poutine avec une tasse de thé

Bon baisés de Russie...

Le 1er novembre dernier, Alexandre Litvinenko, buvait une tasse de thé avec des amis Russes. Ce respect de la grande tradition britannique lui sera fatal et il s'éteint quelques semaines plus tard.

Litvinenko était un espion. Ancien du FSB, les services secrets russes, il dénonce la corruption de ses chefs, puis quitte la Russie pour la Grande-Bretagne où il sera... postier.

La Grande Bretagne, dans l'auguste bonté de sa politique étrangère, a pris cette fâcheuse habitude d'héberger les opposants politiques divers et variés, particulièrement les Russes. Ils mènent, depuis Londres, une activité anti-poutine qui, si elle n'a que très peu d'audience en Russie, commence bel et bien à agacer le nouveau Tsar.

Pour expliquer à la reine mère comment il faut se tenir, Poutine envoit donc ses agents pour tuer un transfuge et accessoirement, irradier la moitiée de la capitale avec du polonium 212. Belle mentalité...

Comment on arrive au pouvoir en Russie ?

On arrive pas au pouvoir comme ça d’un coup de baguette magique. Ou plutôt si, mais alors il faut connaître le magicien. Boris Eltsine est de la vielle garde et extrèmement malin. Le pouvoir lui est tombé tout cuit entre les mains : En juin 1991, il est élu président de la Russie au moment où l’URSS de Gorbatchev est au plus mal. La Russie étant le très gros machin rouge au milieu de la carte, on sent l’homme devenir puissant.
En août 1991 des putshistes emprisonnent Gorbatchev et Eltsine se précipite pour le défendre en réuississant à rallier une partie de l’armée et à faire échec aux putshistes. Gorbatchev est libéré mais il ne pourra pas empêcher le démantelement de l’URSS qui cesse officielement d’exister en ce jour funeste du 25 décembre 1991. Eltsine, président de la Russie, reste donc président de la Russie et le tour était joué.

Manquait le passage crucial à l’économie capitaliste : ce fut fait avec brio. Les autorités russes ayant encore des résidus de propagande politique qui résonnaient dans leur tête (ou alors était-ce sincère, on ne saura jamais) décidèrent que les richesses russes, toute entières entre les mains de l’Etat, devait être réparties entre tous les citoyens de façon équitable.
On édita donc des bons que l’on distribua aux gens, sortes de titres de propriété de l’Etat Russe. Sans plus d’explication, chacun se retrouva avec un petit bout de Russie en papier et toujours rien dans l’estomac. De bonnes âmes arrivèrent heureusement et proposèrent, contre cession des bons, une bouteille de vodka et un bon repas chaud. Ainsi, un petit groupe de gros malins rachetèrent la Russie et ses richesses en distribuant quelques bouchées de pain : on appelle ces gens les Oligarques

Zut et grand zut pour Eltsine : l’excercice du pouvoir necessite un minimum de réussite et de soutien pour être conservé. Aubaine : trois musulmans dans le trou du cul de la Russie commencèrent à s’agiter pour réclamer l’indépendance. On allait montrer au monde comment la Russie, toujours superpuissance, écrasait les cafards : 1994, première guerre de Tchétchénie.
De l’autre côté, Eltsine s’assure le soutien des oligarques en les laissant racheter ce qui reste de pays pour l’emmener en Suisse. Les Oligarques, qui tiennent les médias, assurent la victoire de Eltsine aux éléctions de 1996. En contrepartie, Eltsine limoge tout ses premiers ministres qui entendaient s’en prendre aux Oligarques afin de résoudre l’énorme crise économique qui sévit en Russie dans ces années là.

L’ombre Tchétchène 

Une constante avec la Russie depuis que Eltsine a mis le doigt dans l’engrenage Tchétchène : le pouvoir repose sur la Tchétchénie. Mettre fin à la guerre, c’est mettre fin à la justification de la dictature : or les dirigeants russe sont trop malins pour tuer la poule aux œufs d’or.

Dans quel mesure la première guerre de Tchétchénie a-t-elle été déclenchée sur commande par Eltsine ? Aucune certitude. On peut cependant se poser la question sérieusement au regard du rôle très trouble qu’ont joué certains oligarques Russes dans le financement des mouvements terroristes thcétchènes. En particulier un certain Boris Berezovski qui a eu des contacts et financé la résistance de Bassaiev (considéré comme le plus dur de la résistance tchéthcène).
La première guerre tchétchène se solde par un compromis : Eltsine accepte de soutenir la présidence d’un ancien combattant mais modéré : Aslan Maskhadov.

Fin du XXeme siècle : Eltsine voudrait se trouver un dauphin, histoire d’être sur de pouvoir couler des jours heureux dans une retraite dorée avec ses amis pleins de fric. Il va propulser un petit plein d’éspoirs du nom de Vladimir Poutine.
La recette est exactement la même : les oligarques soutiennent Poutine par leurs médias et Poutine affirme au peuple qu’il va réduire à néant la résistance tchétchène. Splendide coïncidence : Bassaiev (en contact et financé rappelons le par Berezovski à hauteur de 2 millions de dollars) vient justement de se désolidariser du président tchétchène modéré et de reprendre la résistance. Ses hommes commettent comme par hasard, des attentats non plus seulement contre les troupes russes mais contre les populations russes des régions limitrophes.

Autre splendide coïncidence dans la montée au pouvoir de Poutine : en 1999, il est nommé comme premier ministre à la place de Stepatchine, à qui l’on repproche l’inaction face à deux explosions d’immeubles locatifs à Moscou et à Volgodonsk. Les deux attentats portent la signature "évidente" des indépendentistes Tchétchène. Deux attentats Tchétchène arrivat à point nommé pour un Poutine qui, fidèle à sa propagande de tolérance zéro, déclenche la seconde guerre de Tchétchénie.

Le dauphin est donc en place et Eltsine, vieux et malade, peut se retirer du pouvoir en étant assuré que la Russie est entre de bonnes mains. Il démissionne donc le 31 décembre 1999 et Poutine assure l’interim jusqu’à sa réélection le 26 mars 2000.

Tout le monde est donc heureux à cette date en Russie : le peuple a son héro de guerre, les oligarques ont leur marionette, que demander de plus.

Le style Poutine 

Mais voilà : Poutine entend laisser sa marque. Il a une vrai vision de la Russie : la même que les Tsars en somme : Au niveau extérieur récupérer les anciennes zones d’influence de l’ex URSS et de la Russie tsaristes et au niveau intérieur, récupérer ce que les Oligarques ont pris pour le rendre à l’Etat. Autre avantage : Poutine n’a aucun scrupule et ne semble pas vraiment avoir d’âme non plus.

Il mène donc une campagne à double sens sur la Tchétchénie : on se souvient des prises d’otages au théatre de Moscou et dans une école de Beslan où l’armée russe avait réduit en cendre et les terroristes et les otages avec, faisant pleurer le peuple sur les morts, attisant la haine du tchétchène et assurant Poutine du soutien inconditionnel.

Contre les oligarques : il nationalise à tout va et l’on voit régulièrement venir pleurer ces pauvres petits riches, celui là dépossédé de son empire pétrolier, celui là a perdu le gaz, un autre tel ou tel journal ou chaine de télévision.
Inexorablement, la Russie revient aux mains de Poutine (pardon, de l’Etat) et les oligarques  commencent à serrer les dents. Car c’est grâce à eux, après tout, que ce petit rien du tout a été élu. Grace à leur argent, leur soutien, et leurs médias, leur compromission, enfin, dans cette trouble guerre de Tchétchénie. Devant tant d’ingratitude, il fallait réagir.

Pire encore, Poutine a le coulot de s’attaquer aux oligarques par là où il a pêché. Dès son arrivé à la présidence, il ouvre des enquêtes sur le rôle de Berezovski, sa corruption et ses contacts avec les terroristes Tchétchène.

Londonskaïa

Un homme va se dresser fièrement contre la toute puissance de Vladimir Poutine et son ingratitude si ostentatoire. Cet homme, c’est (evidemment) Berezovski. Exilé à Londres en 2001 pour échapper aux enquêtes que Poutine est en train de mener contre lui, il va retourner la politesse au monsieur.

Berezovski, dépossédé de deux chaines de télévision, détient encore plusieurs journaux dont la novaïa gazetta. Depuis Londres, il accuse Poutine d’être impliqué dans les attentats de Moscou et Volgodonsk en 1999 qui ont fait 300 morts et ont permis à Poutine d’accéder à la présidence. Poutine était alors chef des services secrets et Berezovski dénonce l’implication des services secrets Russes dans ces attentats.

Virulent, l’oligarque, il mène sur tout les fronts : En 2002, il fonde un nouveau parti : Russie Libérale. Berezovski finance aussi le Parti Communiste qui s’oppose tant bien que mal à Poutine. Au niveau média, on voit surgir une note d’opposition à ce qui se passe en Tchétchénie. Des journalistes font campagne. En particulier une certaine Anna Politovskaïa qui écrit pour… Novaïa Gazeatta, le journal de Berezovski.

Tout cela commence à agacer sérieusement le Président Russe qui monte alors un complot contre Berezovski par les services secrets russes. Agacement aussi de l’Angleterre qui commence à trouver que les services secrets russes se sentent un peut trop chez eux à Londres au point de monter un complot contre un réfugié sur leur propre sol. Ils semblerait qu’ils aient alors activés l’un de leur transfuge : un certain Alexandre Litvineneko qui déjoue le complot.

Litvinenko est un ex lieutenant colonel du FSB, les services secrets russes et, en 2001, apparaît tel zorro pour sauver Berezovski du complot monté contre lui. Litvinenko mène, depuis 1991, une carrière exemplaire au sein du KGB puis du FSB, dans le domaine de l’antiterrorisme. En 1998, pourtant, (au moment où Poutine arrive à la tête du FSB) il met brusquement fin à sa carrière d’espion en dénonçant la corruption et les assassinats illégaux qui commencent à devenir monnaie courante de la part des chefs. Après moult procès à rebondissements, il est finalement libéré de prison en 2000 contre promesse de rester à Moscou.
Il part donc à Londres et devient atout précieux pour les services anglais en fournissant des renseignements et en empêchant le fameux complot.

Fureur de Poutine qui décide, a défaut d’atteindre Londres, de faire assassiner tous les réseaux de Berezovski qu’ils soient politiques ou médiatique. C’est de ces années là que, comme par hasard, on voit fleurir une série d’assassinats louche de personalités politiques ou médiatique de premiers plans : Ioutchenko en Ukraine, Anna Politovskaïa il y a quelques mois, le député et secrétaire Général du parti de Berezovski, Russie Libérale, assassiné en 2003 et l'ancien rédacteur en chef de Novaïa Gazetta, assassiné la même année.

Le parapluie Bulgare

En 1978, l’URSS avait déjà de façon explicite, demandé à Londre de cesser son hébergement intempestif de dissidents, en assassinant, en pleine rue, Georgi Markov (opposant bulgare) avec une pointe de poison caché dans un parapluie : le coup du parapluie bulgare.

Litvinenko est en pleine enquête sur la Tchétchénie. Probablement financé par Berezovski et soutenu par les services secrets britanniques. Un homme, ancien associé de Berezvoski, demande à le rencontrer pour lui parler de la journaliste récemment assassiné : Politovskaïa.

Celui qui fait ces révélations, c’est un autre espion russe passé côté anglais, proche de Litvinenko. Il refuse de donner le nom de la personne (qui s’apelle Andrei Lougovoi ) mais indique clairement un certain revirement de son attitude : "Il faisait partie de l'entourage de M. Berezovski avant d'être emprisonné à Moscou. Et puis, soudainement, il a été relâché et est devenu en très peu de temps un homme d'affaires millionaire. Tout cela est très suspect". Sachant que les services secrets russe ont l'habitude de recruter dans les prisons et des restes de techniques de retournement redoutable, on imagine ce qui a du se passer. Le 1er novembre, Litvinenko prend un thé avec Lougovoï et un autre russe, Kirov, qui travaille à l’ambassade de Russie. C’est cette tasse de thé qui aurait été empoisonné.

Durant son agonie, Litvinenko accuse aussi un expert Italien de la sécurité du nom de Mario Scaramella qui est la dernière personne a avoir rencontré Litvinenko avant sa maladie. Scaramella enquête sur des tentatives de faire passer en fraude des matières radioactives en Italie depuis des républiques de l’ex-Urss. Scaramella a pris rendez vous avec Litvinenko le jour même de son empoisonnement. Ils ont été manger des sushis sur Picadilly Circus et Scaramella remet à Litvinenko une copie d’e-mail comprenant les noms de personnalités russes menacées de mort dont le nom de Litvinenko.

Alors, Thé ou Sushis ?

Litvinenko trouve l’attitude de Scaramella très bizarre. Il n’aurait, parait-il, pas mangé de sushis et est resté très nerveux durant tout le déjeuner. Rendez-vous inutile aux yeux de Litvinenko qui aurait préféré se déplacer pour un document officiel plutôt que pour une vague copie de mail.

Scaramella a affirmé à la police qu’il était lui aussi sur cette liste et qu’il cherchait en fait, la protection et l’aide de l’ex-agent russe. Soit concours de circonstances de l’agent italien ayant trouvé une liste par ses propres moyen, soit intoxication du Kremelin qui, pour détourner les soupçons, envoit à Scaramella un listing avec son nom et celui de Litvinenko pour le faire s’impliquer dans l’affaire.

Durant la fin de son agonie, Litvinenko ne dénonçait plus que les deux agents russe et innocentait completement Scaramella, qui apparaît plus avoir été pigeon idéal que maitre assassin expert dans le maniement du sushi fatal.

Mais il reste à Scaramella un rôle assez trouble. Litvinenko, avant de mourir, a affirmé avoir envoyé à Novaïa Gazetta, des documents que lui aurait remis Scaramella le jour de son empoisonnement, et concernant la mort de Anna Politovskaïa. Evidemment, le nouveau rédacteur en chef de Novaïa Gazetta affirme ne jamais avoir reçu ses documents mais on peut excuser à un homme un mensonge pour protéger sa vie.

Il est très probable que Scaramella fasse partie du réseau Berezovski. Il aurait alors enquété sur la mort de Anna Politovskaïa sur demande de Berezovski (qui cherche à monter un dossier contre Poutine) et aurait donc été donner ses informations à Litvinenko qui enquête aussi sur le même sujet.

Il apparait que l'entourage de Litvinenko a été très troublé que l'espion russe soit empoisonné par un ancien de l'entourage de Berezovski. Ils n'ont probablement pas compris tout de suite qu'il avait été retourné et ont commençé par croire que c'était Berezovski le coupable, avant de se rétracter. C'est comme celà qu'on peut interpréter l'attitude de Litvinenko qui commençait par charger Scaramella avant d'avouer que c'était en fait un contatc.

Le message décodé :

Et j’espère que cette fois c’est clair !

L’assassinat de Litvinenko a deux raisons : La première, satisfaire à la demande des services secrets russes qui haïssent viscéralement le traître qui les a empêchés de comploter contre Berezovski.
La seconde, expliquer à Londres de façon claire et sans ambiguïté, que la Russie a les moyens d’irradier la moitiée de la ville pour éliminer ceux qui lui cherchent des poux tchétchènes dans sa tête démocratique.

Le message est simple : la veille du sommet de l’OTAN hébergé par la Russie à Riga, le président Poutine irradie la moitiée de Londre au polonium 210 pour tuer un opposant à sa politique. Le poison administré à Litvinenko était normalement du Thallium, et la dose suffisait amplement. Mais les services secrets russes (qui sont les seuls a pouvoir avoir du polonium 210 hautement radioactif) ont fait un coktail qui a irradié 12 lieux de la capitale Britannique. L’hotel du fameux thé, le restaurant de Sushis, l’hopital, ainsi que des avions de British airways qui font la liaison Moscou-Londres.

L’affaire est énorme, c’est exactement le genre de psychose sur laquelle travaillent tout les services de sécurité du monde entier : que se passerait-il si un terroriste faisait une bombe salle capable d’irradier toute une capitale. Et Poutine s’offre la chose, le plus naturellement du monde, à la vielle d’un sommet de l’OTAN qu’il héberge de surcroît. Au vu et au su du monde entier, il contamine comme ça la capitale d’une des premières puissances mondiales sans aucun scrupule et affirme avec applomb : « nous ne savons pas qui a fait ça, la Russie n’a rien à cacher ».

C’est tellement gros qu’on ne peut s’empêcher de trouver que l’ordure a un certain style…

article précédent