On nage dans le bonheur... Notre rédaction avait prévu que les sondages se planteraient magistralement: les résultats suivirent exactement les prévisions... Une bonne chose en vérité, car dimanche soir, tout le monde fut heureux. Les Sarkoziens, tout d'abord, qui ont fait sauter le record avec 31% des voix. Enthousiasme La raison d'un tel enthousiasme est que les Français se sont presque tous déplacés pour aller voter. C'est grace à ça que chaque candidat a pu faire le score qu'il voulait faire et que chaque citoyen était, dimanche soir, heureux d'avoir participé à l'évènement. Enthousiasme aussi parce que le seul gros déçu du scrutin, c'est Jean-Marie le Pen qui s'était habitué aux 15%. «J'ai dû faire une erreur d'appréciation, a-t-il déclaré, en croyant que les Français étaient mécontents [du chômage, de l'ampleur de la dette et de l'immigration]. Ils sont très contents, puisqu'ils viennent de réélire les gens qui ont mené la France au désastre.» La mauvaise nouvelle c'est que, comme dirait Le Pen, les électeurs ont préféré l'original à la copie et ici, c'est Sarkozy qui fait office d'original en la matière Que c'est il passé pour Le Pen ? Aucune chance en réalité, il partait déjà perdant. La seule option de Le Pen consiste dans une montée progressive de son score: plus il a de voix, plus les mécontents vont voter pour lui de façon à adresser un message aux politiques: c'est l'antisystème. Or cette année, l'antisystème, le troisième homme comme on dit, c'était Bayrou. En gros, tout ceux qui, en 2002 avaient voté pour Le Pen et ensuite pour Chirac, ceux là ont très certainement voté Bayrou en masse. Aucune chance non plus car, dans la stratégie de Le Pen, il était condamné à faire mieux que la dernière fois, ce qui était impossible compte tenu de l'énorme participation et du réveil national citoyen. Marine a tenté une dédiabolisation du FN, en montrant qu'il y avait des fachos blancs (Alain Soral), des fachos noirs (Dieudonné) des Fachos juifs (Anthony Attal, président de la LDJ proche du BETAR), bref, des fachos blacks-blancs-beurs et, armés de celà, Marine a tenté de séduire l'électorat des banlieues et populaire. C'était bien tenté mais l'électorat traditionel du FN est constitué d'intégristes catholiques et de jeunes bonheads en déshérence: ils n'ont pas compris que le FN soudain se pique de laïcité ou d'intégrer le "bon noir" qui vote le Pen.
La dernière et fatale pour le FN, c'est evidemment Nicolas Sarkozy qui a réussis à faire encore plus vrai que le Pen: plus jeune, plus nerveux, Sarkozy s'est retrouvé plus à droite que le Pen qui essayait de se dédiaboliser: la Polygamie, le mouton dans la baignoire, la France que tu aime ou que tu quitte, autant de thèmes que le Pen a abandonné au profit de Sarko. Erreur tactique dans la dernière ligne droite aussi: tacler Sarkozy sur ses origines immigrées était une erreur. Le fils d'immigré blanc ne constitue pas un danger aux yeux des racistes. Le raciste (par définition) a peur du noir ou de l'arabe, pas de l'européen. Cette tentative a servi Sarkozy qui veut prouver, à l'anglo-saxonne, qu'un fils d'immigré peut devenir président de la République. On entendit beaucoup Sarkozy dire: "oui je suis un fils d'immigré, regardez, par mon travail et mon mérite, je peux devenir président"... On ne l'entendit pas une seule fois dire: "je suis né en France donc Français par le droit du sol et la loi républicaine et, à ce titre, j'ai le droit de devenir président au même titre que n'importe quel citoyen"
Et celle là est une révolution. Ségolène est arrivée au second tour avec un très joli score mais surtout à l'encontre du Parti Socialiste dont tous les éléphants espéraient qu'elle tombe pour récupérer le Parti. On dit Ségolène Royal incompétente: et si Jospin était venu rappeler le bilan de 5 années de droite sur les télévisions? Et si, et si... On ne peut pas savoir mais ce qui est sur, c'est que le score de Ségolène est une claque sévère à ce parti immonde qui a tout fait pour couler la candidate. Souvenons nous: les primaires socialistes ont été l'occasion de petites attaques assez nulle où l'on a distillé que Ségolène ne connaissait rien sur rien et était incompétente. Ô surprise: le principal (voir parfois le seul) argument des gens qui ont voté Sarkozy est: Ségolène Royal ne connait rien sur rien et est incompétente. Il y eut aussi ce téléphone portable, laissé ouvert par un proche de DSK et qui permit une fuite splendide: Ségolène veut faire faire des heures sup aux profs. Il y eut Montebourg, porte parole et sa gaffe historique: "quelle est le seul défaut de Ségolène Royal? C'est son compagnon" François Hollande est, rappelons le, le seul et unique membre du PS à avoir tapé sur Sarkozy pendant la campagne (et donc, le seul a avoir fait son travail). Le seul? Non, pas tout à fait: il y eut aussi Eric Besson, l'auteur d'un livre très critique sur Nicolas Sarkozy: l'inquiétante rupture tranquille de Nicolas Sarkozy. Il est depuis, passé du coté de Sarko et à pondu un autre pamphlet, contre Royal, celui là. Intéressant... Eric Besson est donc un traitre avéré doublé d'un menteur (puisqu'en affirmant une chose et son contraire, il y a forcément un cas où on ment) Et traitre car le choix de François Bayrou eut été plus logique à un homme se disant de gauche mais dégouté par Royal. Il y eut Kouchner aussi qui se dit prêt à participer à un gouvernement d'union nationale avec Sarkozy, ce genre de fruits pourris qu'il faut ensuite tenter de séduire car ils est quand même le fondateur de médecin sans frontières et bien vu dans l'opinion. Il y eut Rocard (l'expérience) qui en appela au désistement de Royal pour une alliance avec l'UDF dès avant le premier tour. Il y eut Allègre aussi (l'éléphant qui avait voulu combattre le Mammouth), revenu uniquement pour dire que Ségolène était nulle et que Bayrou était mieux... Bien malgré eux, Ségolène a fait 25%, du pur bonheur.
Sarkozy a réussit son pari: récupérer l'extrême droite avec un discours immonde sans perdre la droite traditionelle, persuadée que "Ségolène serait un désastre pour la France". Sa stratégie: faire oublier son bilan minable et le fait qu'il est le candidat sortant d'un gouvernement en échec sur les points principaux, a réussis. les électeurs ont cru sa conversion au Gaullisme et se sont laissé séduire par le discours. Tout en réthorique Sarkozy: les faits et les méthodes ont été désastreux mais celà a quand même marché: Un bilan risible en matière d'immigration et de sécurité. Les scandales à répétitions sur l'utilisation personelle des moyens du ministère de l'Intérieur (fichage des opposants, contrôle de tous le quartier de la rue d'Enghien, escorte de 10 cars de CRS à chaque déplacement), interdiction de se rendre à Argenteuil, propos sur la génétique, bourdes à répétition mais jamais relevées, pression sur les médias, supression de toutes ses promesses de baisse d'impots... Et pourtant ça a marché: le charisme quasi gouroutique de Sarkozy a fait mouche: il a réussit à tout promettre et à tout le monde, à faire croire, malgré son atlantisme affiché, qu'il était plus pertinent à l'international, qu'il était libéral malgré ses promesses sociales et qu'il était social malgré ses promesses libérales. Le manque d'opposition à son projet de la part du PS a beaucoup joué (puisqu'ils n'ont eu de cesse de confirmer que Ségolène était incompétente), le manque d'opposition du FN (qui s'y croyait déjà et se rassurait sur la copie et l'original) a aussi joué. Enfin les scandaleuses pressions sur les médias et les techniques marketting ont eut leur effet. Tout celà nous donne un Sarko dopé à 30% et très confiant sur le second tour. Son défi est de ne pas oublier que le second tour est une nouvelle élection et que rien n'est encore joué.
Grand perdant et grand vainqueur du scrutin. Bayrou a su s'imposer indépendant et tripler son score, lui aussi malgré une défection massive des éléphants centristes en faveur de Sarkozy. Ses électeurs sont libre, bien sur, et il ne cessera de le répéter mais ces électeurs sont l'enjeu du 6 mai: aucun des candidats ne pouvant gagner sans eux. Bayrou est dans une position très complexe: en fait, il est limité à deux choix: 2) Rester indépendant (ce qui veut dire soutenir Royal sans le dire) Celà revient à dire à ses électeurs: soutenez celui qui est le plus proche de mes idées et de mon projet et votez pour moi aux legislatives pour être sur que votre voie sera entendue. C'est la stratégie d'indépendance: pas d'accords électoraux avec l'UMP mais on compte sur les 18% pour être élus seuls et sans avoir à remercier l'UMP de nous avoir laissé la place. Il est en train de rélféchir actuellement à la stratégie mais il serait trop bête pour lui de ne pas chercher à capitaliser ses 18%.
Les deux candidats ont épuisés leurs réserves de voix. Ségolène avec le "vote utile" et la peur que la gauche ne soit pas présente au second tour a laminé l'extrême gauche et récupéré les trublions de 2002 (Chevènement et Taubira) mais la gauche est sur les genoux: 36% au total sans Bayrou. Sarko, en réupérant les thèmes FN a lui aussi épuisé ses réserves de voix. Les 11% qui ont voté FN seront plus réticents à voter pour le candidat du système, immigré hongrois, ultra-libéral, ami des patrons... Certains se résoudront, d'autres voteront blanc, écoeurés, d'autres enfin, voteront Royal: ces communistes ralliés au FN à cause de la crise du PCF et qui ne supportent pas forcément le candidat du libéralisme économique. Certains aussi voteront Royal par rage contre ce Sarkozy qui a privé leur champion de sa victoire. De la même manière, certains de Besançenots voteront Sarko par haine pour le PS et pour amplifier la contestation. Extrème gauche et extrème droite sont tous les deux aux alentours de 11% et s'équilibrent: tout se joue donc sur les électeurs de Bayrou. Et là: équation extrêmement complexe: des décus de Royal, des inquiets de Sarkozy et les fidèles 6% habituels. Ces 6% voteront probablement Sarko, habitués à un centre droit mais les autres... Une petite partie votera blanc par dépit mais une grand majorité refusera de se voir voler l'élection sans se prononcer. Enfin, une partie votera Ségo: ce sont ceux qui ont cru à l'argument que Bayrou était le mieux placé pour battre Sarkozy et qui se rallieront au Tout sauf Sarkozy. Pour les autres, Tout se jouera dans les entreprises de séductions des deux candidats. Un objectif deux méthodes Le fait que le centre soit traditionellement à droite bénéficie à Sarko dans les sondages mais lui nuit dans la réalité. Il est obligé de faire un grand écart entre les électeurs FN qu'il doit convaincre et le centre qu'il doit rassurer. Suivant ses convictions et sa manière, il a déjà commencé sa stratégie: fermeté rassurante (pour garder le FN sans perdre au centre) et pression sur le centre pour qu'il se rallie. Les menaces pèsent sur les députés centristes et Sarkozy est un expert en menaces. Mais la stratégie est risquée: l'électeur vient justement de prouver qu'il croyait en Bayrou et pas dans ces politiciens qui l'ont trahis au dernier moment. S'ils ont votés pour une voie centriste, ce n'est pas pour se laisser manger par la droite. les manoeuvres politiciennes sont précisément la raison pour laquelle ils ont votés antisystème et les appels du pied des UDF vers Sarko seront certainement mals perçus. C'est déjà le cas des fidèles de Bayrou, ceux qui ont résistés aux pressions de l'UMP et qui verraient comme un échec qu'on finisse par se soumettre sans combattre (Corinne Lepage par exemple) De l'autre coté, Royal est mieux placée: la challengeuse qui a besoin vital des voix centriste apparait être plus en mesure d'écouter et de comprendre le vote centriste face à Sarkozy qui promet d'écraser toute opposition et de noyer toute indépendance dans son ralliement. Le tout récent appel à un débat entre Royal et Bayrou est aussi très intéressant et très bien placé. Ségolène pose tout de suite qu'il n'y aura pas d'accords politiciens mais une intégration des propositions et une convergence de vues, c'est à dire, un respect du vote centriste et du centre indépendant. Kouchner et Rocard sont aussi bien mieux placés: ayant appelés à sacrifier Royal pour Bayrou dès le premier tour leur voix à plus de poid que ceux qui ont appelés à sacrifier Bayrou pour voter Sarkozy dès le premier tour. Enfin, le grand écart que doit aussi faire Royal entre récupérer le centre en convaicant l'extrême gauche est aussi plus facile: Sarkozy fait peur à gauche et très peur. le Front Anti-Sarkozy marchera quoi qu'il arrive: même Arlette et Besançenot ont appelés à voter anti-sarko dès dimanche soir. Royal peut donc aller tranquillement draguer le centre sans risquer de trop perdre à sa gauche. Sarkozy, s'il tente la même manoeuvre, risque des blancs et des abstentions sur son extrême droite. Il a de toute façon épuisé le "Ségolène est un danger pour la France" car c'est grace à celà qu'il a fait 30%. Le FN réfléchit à une stratégie et entend bien obtenir des compensations pour son ralliement, compensations qui feront très peur au centre tandis qu'à l'extrême gauche, on n'attend rien du tout du PS depuis bien longtemps sinon éviter à tout prix le danger Sarko. Un beau duel en perspective: Gauche-Droite où tout se joue au centre. Les forces s'équilibrent. Si Royal arrive à convaincre, elle a toutes ses chances. Si Sarko ne fait pas de bourdes eugénistes, il gagne à coup sur. Demain Bayrou exposera sa stratégie, et un débat entre Sarko et Ségolène devrait avoir lieu le 3 mai... |