e Blog de Magog

Gaffe papale

« J’avais tout prévu, sauf un pape libéral ». La citation est de Metternich à l’éléction de Pie IX en 1846. Comment pourrait-on l’appliquer aujourd’hui ? Nous avions tout prévu sauf un pape… Gaffeur ? Stupide ? Croisé ? Réactionnaire ? Après maintes questions, nous avons choisi celle là : J’avais tout prévu sauf un pape jaloux.

Le contexte est spécial. L’intégrisme islamiste gagne du terrain, il ne faut pas froisser ces gens là. Du moins, c’est ce qu’il fut dit à l’occasion des caricatures. Tous les religieux s’accordaient alors à dire qu’il ne fallait pas insulter, froisser, caricaturer, dénaturer le message… Qu’il ne fallait pas jeter de l’huile sur le feu, respecter les religions…

L’Eglise catholique fut en tête de liste pour propager ce message, réclamer un délit de blasphème et appeler à faire cesser ces critiques intempestives du message divin. Ces gens sont en effet les seuls à détenir la vérité vraie, puisqu’elle leur fut délivrée par une autorité supérieure. Supérieure au contrat social, à la volonté du peuple souverain, supérieure à la vie, à la mort, au SIDA en Afrique, au nucléaire en Iran, au conseil de sécurité de l’ONU… Ca donne le tournis, on comprend que certains perdent… La raison…

Raison, Raisonnable, Raisonnement.

Lors d’une conférence à l’université de Ratisbonne, le 12 septembre, le pape discours sur la foi et la Raison. Extraits commentés :

"C'est pour moi une grande émotion que d'être de retour dans cette université et de pouvoir, une fois de plus, m'exprimer depuis cette tribune. Je repense à ces années quand, après une belle période à l’Institut supérieur de Freising, j'ai commencé à enseigner à l'université de Bonn. C'était en 1959 » Ouf !, Notons que pour ce passage, le Pape n’oublie cette fois pas de préciser la date, ces propos là aussi pouvaient être sujets à interprétation…

 « il y avait par contre des échanges direct avec les étudiants et surtout entre les professeurs. Avant et après les cours, nous nous retrouvions dans la salle des enseignants. Les échanges avec les historiens, les philosophes et les philologues, et naturellement entre les deux facultés de théologie étaient très vivants. Une fois par semestre, ce qu’on appelait un ‘Dies academicus’ permettait à des professeurs de toutes les facultés de se présenter devant les élèves afin de faire l'authentique expérience de l'Universitas. » Donc, le Pape est un véritable universitaire. Un intellectuel, un homme d’études et de livres. C’est important à noter pour la suite. Pour précision à nos lecteurs qui ne sont pas forcément tous familiers du monde très spécial de ceux qu’on appelle les « intellectuels » : Dans ce monde, on a le droit de dire absolument tout ce qu’on veut, du moment qu’on cite le type qui l’a dit avant. Le principe n’est pas de cacher ses opinions derrière d’autres, mais bel et bien de faire avancer la pensée. Lorsqu’on veut traiter d’un sujet de façon universitaire, on doit pouvoir citer ceux qui en ont traité avant, cela parait normal. Chacun restant librement responsable de ces propos et de ce qu’il fait dire à ceux qu’il cite, bien sur. Il serait trop facile de se cacher misérablement derrière la citation qu’on donne…

« L'université était très fière de ses deux facultés de théologie. Il apparaissait clairement qu'elles aussi, dans la mesure où elles d'interrogeaient sur la raison de la foi, accomplissaient un travail qui relevait nécessairement du tout de l''Universitas scientiarum', même si tous ne partageait pas la foi dont les théologiens s'efforçaient de montrer qu'elle s'ordonne à la raison commune. » Ici, déjà un petit hic. Peut-être est-ce le mot ordonner ? Comment une chose pourrait-elle s’ordonner à la raison, à partir du moment où la raison me dit Liberté ? C’est une chose que les théologiens (ceux en tout cas auxquels le pape se réfère) ne peuvent pas comprendre. La tragique opposition entre les laïcs et les prosélytes : Les uns respecte le libre choix, raisonnable, de croire ou de ne pas croire, les autres ne comprennent pas qu’on puisse raisonnablement ne pas avoir la foi. C’est un peu normal, de leur point de vue, leur travail est de propager la foi. Ils sont donc obligés de se trouver une raison pour justifier un travail qui ne sert à rien. Non pas que les théologiens ne servent à rien mais si l’on part du principe humaniste que l’homme est libre de croire ou pas, alors la propagation de la foi ne sert plus à rien. En réalité, toute la conférence de Benoît XVI ne repose que sur cette nécessité de trouver une place à son église qui, dans un occident libre, humaniste, démocratique et critique, ne peut plus se permettre d’imposer aux masses sa vision sans la justifier par la raison.

« Ce profond sens de la cohérence avec le cosmos de la raison n'était pas troublé, même lorsqu'un collègue déclara qu'il y avait dans notre université quelque chose de curieux: deux facultés s'occupant de ce qui n'existe pas: Dieu. Mais il était accepté par tous, dans l'ensemble de l'université, qu'à l'encontre d'un scepticisme aussi radical, il était nécessaire et raisonnable s'interroger sur Dieu en usant de la raison, dans la tradition de la foi chrétienne. » Tout est là. Dans cette université allemande de 1959, plus largement dans notre monde contemporain, les théologiens radicaux ne peuvent plus imposer leurs fois face à la liberté humaniste sans la justifier par la raison. Benoît XVI n’ose pas le dire mais il est jaloux. Jaloux de cet Islam radical qui sais si bien s’imposer par la force. La gaffe n’en est pas une. L’église qui se fait caricaturer depuis l’apparition de la presse libre, dont les pratiques et la foi recule, se verrait bien à la place de cet Islam radical qui a su obtenir des excuses et remettre dans notre air une odeur de délit de blasphème.

Musulmans, je vous ai compris…

La gaffe, donc, est celle-ci :
« Tout ceci m'est revenu à l'esprit récemment, lorsque j'ai lu une partie du dialogue publié par le professeur Khoury (de Münster) entre l’empereur byzantin érudit Manuel II Paléologue et un savant persan sur le christianisme et l’islam, et sur leur vérité respective. C'était peut-être en 1391, dans le camp d’hiver d’Ankara. L'empereur a probablement lui-même couché par écrit ce dialogue durant le siège de Constantinople, entre 1394 et 1402; cela expliquerait pourquoi ses raisonnements ont été restitués avec davantage de précision que ceux de son interlocuteur perse. » Attention, je vais citer quelque chose et je sais très bien quels gants je dois prendre avant de la faire… Contexte, dates, auteur, éditeur…

« Le dialogue porte sur ce qui est écrit dans la Bible et dans le Coran au sujet de la foi. Il traite plus particulièrement de l'image de Dieu et de l'homme, aussi revient-il nécessairement et de façon répétée sur la relation entre les trois "Lois" ou "règles de vies", ainsi qu'elles sont nommées: l'Ancien testament, le Nouveau testament et le Coran. Je ne voudrais discuter au cours de mon exposé que d'un seul point, d'ailleurs marginal dans le texte du dialogue, mais qu'en lien avec le débat sur la foi et la raison je trouve captivant et qui me sert de point de départ pour mes réflexions sur ce thème. » Je vais le faire ! Je vais gaffer !

« Dans le 7e dialogue édité par le professeur Khoury ("dialexis", "controverse"), l'empereur en arrive à parler de la guerre sainte. L'empereur savait certainement que dans la sourate 2.256, il est écrit: "Pas de contrainte en matière de foi". Selon les spécialistes, il s'agit-là d'une des sourates primitives, datant d'une époque où Mahomet était encore sans pouvoir et se trouvait menacé. Mais l'empereur devait naturellement connaître aussi les instructions inscrites dans le Coran à une époque plus tardive, au sujet de la guerre sainte. Sans s'attarder sur les détails, telle que la différence de traitement entre les "Gens du Livre" et les "incroyants", il interpelle son interlocuteur d'une façon étonnamment abrupte au sujet des relations entre la religion et la violence en général, déclarant: "montre moi ce que Mahomet a apporté de neuf, et alors tu ne trouveras rien que de mauvais et d'inhumain, tel que son ordre de répandre par l'épée la foi qu'il prêchait." Après s'être exprimé avec tant de force, l'empereur s'attache à expliquer par le détail les raisons pour lesquelles propager la foi par la violence est absurde.
La violence est incompatible avec la nature de Dieu et la nature de l'âme. "Dieu ne prend pas plaisir au sang", dit-il. "Et ne pas agir raisonnablement est contraire à la nature de Dieu. La foi naît de l'âme, pas du corps. Quiconque veut amener quelqu'un à la foi doit pouvoir user de la faculté de bien parler et raisonner correctement, non de la violence ou de la menace… Pour convaincre une âme raisonnable, nul besoin d'un bras puissant ni d'arme d'aucune sorte, ni d'aucun moyen avec lequel menacer quelqu'un de mort…" »

Voilà, le mot est lâché. Islam et violence, je n’ai fait que citer un empereur Byzantin du XIIeme siècle. J’ai même poussé le vice jusqu’à préciser que ce n’était pas Mahommet qui était mauvais mais l’Islam en elle-même.
Je ne reviendrais pas sur les différence de traitement entre les « gens du livre et les incroyants » car  je crois me souvenir que le christianisme a eu quelques problèmes à ce sujet qu’on pourrait aussi me reprocher.

Par contre, le point de départ de ses réflexions sur le sujet est bel et bien celui-ci : Le choc des civilisations. Nous avons dramatiquement raté le coche au moment des caricatures. En effet, comment aurions nous pu être en désaccord sur le délit de blasphème qui doit être rétablis. Sur la liberté de la presse qui doit se soumettre à la religion. Mais cette fois-ci, ce sera différent. J’aimais beaucoup le principe du choc des civilisations, orient contre occident, je vais reprendre la formule. Nous allons recommencer mais plus question de liberté d’expression contre religion. Plus question d’orient islamiste sous dictature contre occident libre penseur et humaniste. Cette fois-ci ce sera Orient musulman contre occident chrétien. La force musulmane contre la raison chrétienne. La nouvelle place de l’église, dans le choc des civilisations que nous allons entreprendre, ce sera la raison de la foi contre la force de la foi.
Quoi, comment ? La pacifique papauté partant en croisades ? Les religieux ne son pas des militaires. Il n’est même pas question de savoir si l’un va gagner ou perdre. La question ne se pose pas puisqu’elle dépend de Dieu. Les morts dépendent de Dieu, les guerres, les génocides, les attentats, les oppressions dépendent de Dieu. Par contre la foi dépend de la raison. Dans le monde du choc des civilisations, la raison impose la foi. La survie impose la foi. Le combat pour la liberté impose la foi. Il est grand temps d’abandonner la liberté de pensée et de se soumettre à la raison qui impose Dieu.

La principale phrase de cette argumentation est celle-ci: Ne pas agir selon la raison est contraire à la nature de Dieu. L'éditeur, Théodore Khoury, observe que pour l'empereur, un Byzantin nourri de philosophie grecque, ce principe est l'évidence même. Mais pour la doctrine musulmane, Dieu est absolument transcendant. Sa volonté n'est liée par aucune de nos catégories, pas même celle du raisonnable. Khoury cite alors l'étude du célèbre islamologue français R. Arnaldez, qui souligne que Ibn Hazm est allé jusqu'à affirmer que Dieu n'est pas même lié par sa propre parole, et que rien ne peut l'obliger à nous révéler la vérité.
Si c'était la volonté de Dieu, l'homme devrait même être idolâtre
.

L’islam s’impose par la force mais nous, occidentaux, libres penseurs, nous nous imposons par la raison, bien sur. Là encore, le Pape sait très bien ce qu’il fait. Citer l’étude d’un islamologue français va faire hurler tous les islamistes qui accusent l’occident de leur voler l’Islam qu’ils ne comprennent pas. Quand au sujet de l’idolâtrie, aucun fanatique musulman ne pourrait laisser passer de tels propos. L’Islam interdit l’idolâtrie, c’est un fait, les islamistes, eux, interdisent toute représentation d’être vivants. Ce n’est pas juste pour le plaisir mais bel et bien pour la censure. C’est plus facile pour eux de dire : On a pas le droit de dessiner Mahommet, si vous le faites, il y aura des tensions plutôt que : vous vous êtes opposés à notre projet de dictature islamiste sur les esprits, vous allez mourir.

Un peu d’histoire

 Au point où nous en sommes, il est nécessaire de faire un peu d’histoire. Devant tant de révisionnisme historique de la part du Pape,
L’islam n’a pas toujours été ainsi. A l’époque que mentionne le pape l’Islam était à son apogée. La conquête de Constantinople par les Ottomans a pu avoir lieue car aucune force chrétienne, si unies dans l’esprit de Benoît XVI, n’a voulu mettre le pied en orient pour aller sauver un empire Byzantin en déclin qui, de toute façon, s’opposait à Rome. A l’époque que cite le pape, l’Islam était un bouillonnement intellectuel, on réfléchissait, on inventait l’histoire, les mathématiques, l’astrologie, la poésie, la métaphysique… A l’époque, les empires d’occident sombraient dans la barbarie et l’obscurantisme. Les mathématiques n’existaient pas ou peu, l’astrologie qui prétendait que la terre était ronde et tournait autour du soleil était écartelé sur la place publique et les rares tentatives philosophiques de St Thomas d’Aquin ou de St Augustin sont aujourd’hui rejeté par Benoît XVI dans son discours de Ratisbonne. La religion catholique maintenait en otage toute la connaissance et les bibliothèques et cela dura jusqu’à ce qu’un protestant invente l’imprimerie. Mais la plus grosse aberration du discours de Benoît XVI est sans doute lorsqu’il prétend que la religion catholique a toujours été l’héritière de la philosophie grecque. Dans le monde réel, ce sont les arabes qui ont traduit les livres de Platon et d’Aristote pour réfléchir dessus et nous les ont retransmis ensuite. Dans le monde réel, c’est l’Islam qui a rendu la philosophie grecque à l’occident. Merci Mahomet, il serait temps de le dire. Ca parait difficile à croire, et pourtant. Il n’en reste plus rien aujourd’hui dans l’idéologie des frères musulmans et des fanatiques, ces gens là sont constipés sur le voile, le Hallal, la charia. Ils ont décidés de rejeter tout ce que l’histoire a pu donner à leur religion et de faire de l’Islam le pire de ce qu’elle peut être. Ce n’est pas difficile, chacun lit les versets qu’il veut. Il suffit de dire que ces versets sont paroles divines pour imposer à tout ceux qui croient en Dieu d’aller tuer le voisin. C’est à la mode.

 A une époque, pourtant, celle que cite le Pape, un courant de l’Islam, le mu’tazilisme se posait la question de savoir si le Coran était créé ou incréé. En résumé, le Coran est il directement la parole divine ou bien est-ce la parole de Mahommet qui retransmet la parole divine. Tout le problème étant qu’à l’époque, un nouveau califat déplaçait la capitale de Damas, en Syrie à Bagdad, en Irak. L’ancien califat s’appuyait, pour diriger, sur l’aristocratie arabe née des récentes conquêtes, ainsi que sur les savants religieux de la Mecque. Le nouveau califat, les Abbassides, allèrent chercher leur administration dans d’autres régions, en Iran où les peuples étaient chamanistes, Zoroastriens etc. bref, pas du tout musulman et pas du tout arabe. En Perse, on parle le perse, il fallut donc songer à traduire le Coran. C’est là que la question fondamentale se pose, si le Coran est directement parole divine, alors pas question de le traduire. Dieu s’exprime en Arabe et il faut respecter le verbe de Dieu. Par contre, si le livre révélé a bel et bien été écrit par Mahommet et non par Dieu lui-même, alors on peut le traduire et évangéliser les population dans leur langue natale. Mais cela suppose que le Coran est humain et non divin. Ce courant fut rejeté et les populations de perse adoptèrent l’Islam chiite qui, du fait de ses nombreuses branches et de la souplesse de son dogme, offrait aux peuples de ces régions une possibilité de synthèse entre leur propres croyances chamanistes et Zoroastriste et l’Islam. C’est la rencontre entre cet islam souple et ces courants chamanistes (qui se renforcent avec les invasions mongoles) qui donna à l’Islam ses courants les plus intéressants et les plus avancés qui permirent aux savants d’aller chercher dans la philosophie grecque pour approfondir, développer, connaître et faire avancer l’humanité.
Tout cela a disparu aujourd’hui. Les frères musulmans se fichent bien de la langue du Coran, ils le traduisent sans états d’âmes et réinventent des versets en Français, allemand, anglais pour laver le cerveau des pauvres gens en prétendant que ces versets sont paroles divines. Leurs cours d’arabes sont des officines de recrutement et l’essentiel est d’apprendre en arabe des invocations qu’on répète sans comprendre. Le Chiisme, jadis si ouvert est devenu fanatique sous la dictature islamiste qui règne en Iran et qui prétend représenter tous les chiites du monde. Alors qu’auparavant, il multipliait les courants et les interprétations, il n’est aujourd’hui que la voie d’Ahmadinejad, parfaitement en accord sur tous les points de vue des frères musulmans sunnites. Les Islamistes se fichent bien de l’Islam en réalité. Ils restent crispés sur cet age d’or du monde arabe que l’on vient de décrire et on décidé que la seule façon d’y revenir était de voiler toutes les femmes et d’imposer la charia au monde entier. Le Coran est notre constitution est la devise de frères musulmans et montre à elle seule combien ces gens sont rétrogrades et bêtes.

Tout le fond du problème étant que ce sont eux désormais qui entendent représenter l’Islam et lui donner sa place dans le monde. C’est donc à eux que s’adresse le Pape, en prenant bien soin de renier l’histoire, ce qui va parfaitement dans leur sens.

Une stratégie très bien planifiée.

Le pape n’est pas un idiot, un gaffeur, il sait parfaitement ce qu’il fait. Il sait très bien que face aux islamistes, si l’on ose faire l’amalgame entre Islam et violence, il y aura dans chaque pays une petite centaine de fanatiques qui iront brûler des trucs sur la place publique, Al Quaeda appellera à la vengeance, on tirera des roquettes à Gaza et Tariq Ramadan nous fera une conférence sur l’islamophobie. Oh mon Dieu, mais ce n’étaient que des mots… Bien sur monsieur Benoît, faites-leur donc un dessin…

Sous apparence de gaffe, d’incompréhension, la stratégie est très étudiée. On nous dit maintenant, que le mot sur l’islam était marginal, qu’il n’était pas du tout le centre de la conférence. C’est faux. Benoît XVI le dit lui-même : Cette réflexion toute anodine constitue « le point de départ de mes réflexions sur ce thème ». On croyait vraiment qu’après Jean-Paul II pape diplomatique et international, Benoît XVI allait gentiment se contenter de petits débats sur la foi dans les université allemandes ? C’est un Pape et de ce fait, responsable de la place de l’Eglise dans le monde. Le pape veut un choc des civilisations. Il veut une croisade où il pourra être le chef de file de la foi de la raison contre la foi de la force. La liberté n’est pas une option. Vous avez le choix entre Dieu par-ci ou Dieu par là sachant que l’un est raison et que l’autre est bombe.

Dans cette croisade, nous aurons des allié : les juifs.

Tout au long de sa conférence, le Pape démontre que la théologie chrétienne est liée à la théologie juive dans la compréhension de la philosophie grecque : « En fait, ce rapprochement [entre la philosophie grecque et la pensée chrétienne] était depuis longtemps en marche. Le nom de Dieu très mystérieux émanant du buisson ardent, un nom qui sépare ce Dieu de toutes les autres divinités aux noms multiples, et le nomme simplement l'Être, est une remise en cause du mythe, qui présente certaines analogies avec la tentative de Socrate de dépasser et de surmonter le mythe. Dans l'Ancien testament, le processus commencé au buisson ardent atteint une nouvelle maturité durant l'Exil, quand le dieu d'Israël, alors privé de pays et de culte, est proclamé Dieu du ciel et de la terre et se présente comme une simple formule, qui fait écho à la parole du buisson ardent: "Je le suis".
Cette nouvelle compréhension de Dieu s'accompagne d'une clarification qui s'exprime dans le mépris des idoles, qui ne sont que l'œuvre des mains de l'homme (cf. Ps 115). Ainsi, à l'époque helléniste, malgré le vif conflit avec les autorités hellénistes qui voulaient faire adopter par la contrainte leurs coutumes et le culte de leurs divinités, la foi biblique rencontra la pensée grecque de l'intérieur. Il en résulta en enrichissement mutuel particulièrement évident dans la littérature sapientielle. Nous savons aujourd'hui que la traduction de l'Ancien testament en grec réalisé à Alexandrie - la Septante - est davantage qu'une simple traduction du texte hébreu (qui serait alors assez peu satisfaisante): il s'agit d'un témoin textuel indépendant et d'un pas spécifique et crucial dans l'histoire de la Révélation, qui réalise cette rencontre d'une façon décisive pour la naissance et la propagation du christianisme
. » La traduction des septante est la traduction en grecque de l’ancien testament. Le pape est en train de nous expliquer comment les juifs et les chrétiens se sont unis dans la foi de la raison contre la foie païenne de la force. Avec en plus ce petit mot sur « le Dieu d’Israël alors privé de pays et de culte ». La formulation est diplomatique. C’est une légitimation de ceux qui veulent faire d’Israël une tête de pont occidentale pour la propagation de la foi. Hier, le Dieu d’Israël était privé de pays et de culte, implicitement cela veut dire qu’il en a un aujourd’hui. Les juifs et Israël seront nos alliés, comme ils l’ont toujours été, dans la foi de la raison contre la foi de la force. Plus question de sionisme, la phrase du pape indique qu’il considère Israël non comme l’Etat Juif mais bel et bien comme le pays du Dieu d’Israël. Et cette vision est loin d’être idiote. Le sionisme laïc voulait la création d’un Etat pour les juifs. Qu’on soit d’accord ou pas avec cette idéologie, le fait est que cet état existe et que le sionisme laïc ne peut survivre que parce que cet Etat n’a pas encore de frontières.
Mais les choses changent. Sharon voulait lui en donner, Ehoud Olmert aussi, il est probable que cela soit remis à plus tard mais cela finira bien par arriver. Ce jour signera la mort de l’idéologie sioniste. Elle n’aura,e n effet plus aucune raison d’être, son objectif étant atteint. Par contre, il restera tout ces fanatiques juifs qui considèrent que c’est Dieu qui leur a donné Israël et eux, ne s’arrêteront que lorsque tous les arabes auront été éliminés d’Eretz Israël, comprenons la totalité de la Palestine. C’est bel et bien à ceux là que s’adresse le Pape.

"Cette rencontre intime entre la foi biblique et les interrogations de la philosophie grecque est un évènement décisif non seulement du point de vue de l'histoire des religions, mais aussi pour celui de l'histoire mondiale, et nous concerne encore aujourd'hui. Quand on considère cette convergence, il n'est pas surprenant que le christianisme, malgré ses origines et ses développements significatifs en Orient, ait trouvé son caractère historique en Europe. Réciproquement, nous pouvons aussi affirmer que cette rencontre, à laquelle s'est ensuite ajouté l'héritage de Rome, a fait l'Europe et reste le fondement de ce qu'on appelle avec raison l'Europe." Benoît XVI n’est pas prêt de se rapprocher des chrétiens d’Orient. Théologiquement, il en serait pourtant bien plus proche que de l’extrême droite religieuse d’Israël. Mais nous sommes dans un monde où l’Europe va combattre l’orient. Nos alliés seront juifs extrémistes et sûrement pas ces quelques maronites libanais qui, tentant de vivre en paix avec des musulmans, sont une menace pour la guerre.

"En toute honnêteté, il faut considérer qu'à la fin du Moyen Âge se sont développés des courants théologiques qui ont fait éclater la synthèse entre les esprits grec et chrétien. A la différence du soi-disant intellectualisme augustinien et thomiste commence, avec Duns Scot, une position du volontarisme qui conduisit, dans ses développements ultimes, à affirmer que nous ne connaissons de Dieu que sa ‘voluntas ordinata’. Au delà, c'est la question de la liberté de Dieu, en vertu de laquelle il aurait aussi bien pu faire le contraire de ce qu'il a fait. On atteint ainsi des positions qui se rapprochent très clairement de celles d'Ibn Hazm et qui risquent même de conduire à l'image d'un Dieu arbitraire, qui ne serait pas tenu par la vérité ni par le bien."

Les courants auxquels le Pape fait référence sont, en vrac, le réformisme, la renaissance, les lumières. Nous sommes ici au cœur de la pensée du pape. La liberté de Dieu est malsaine. Elle mène à Ibn Hazm et l’idolâtrie et à l’Islam. Il n’est pas question de liberté mais de raison obligatoire, les libres penseurs même s’ils croient en Dieu, l’interprètent d’une mauvaise façon. On ne doit pas être libre mais raisonnable. "La déshellénisation a d'abord émergé en relation avec les fondements de la Réforme, au XVIe siècle. Les réformés se sont confrontés à la tradition scolastique de la théologie, qui avait systématisé la foi sous la détermination de la philosophie, c'est-à-dire une articulation de la foi fondée sur un système de pensée extérieur. Par conséquent, la foi n'apparaissait plus comme vivante et historique, mais comme l'un des éléments d'un système philosophique plus large.
A l'inverse, le principe de la ‘scriptura sola’ recherche la foi pure, dans sa forme originaire telle qu'elle est donnée par la parole biblique
"
Le pape doit à tout prix faire accepter que dans le combat entre Orient et occident, on ne défend pas la liberté. La liberté n’existe plus car elle nous désunis et nuit à notre combat contre la barbarie de la foi de la force. Seul peut la combattre la foi de la raison. Soumettez-vous ou périssez sous les bombes de ceux d’en face.
Dans la chrétienté aussi, il y a eu des dérives. Saint Thomas d’Aquin ou Saint Augustin, ces gens ont réfléchis. Or la raison nous interdit de réfléchir puisqu’elle ne peut qu’imposer la foi ! Dieu n'est pas plus divin lorsque nous l'éloignons dans un volontarisme pur et incompréhensible, mais le véritable Dieu est le Dieu qui s'est manifesté dans le Logos et qui, comme Logos, a agit et continue d'agir par amour envers nous. Dieu n’est Divin que si on l’accepte sans réfléchir. Dieu est le Logos, le verbe, il a dit, je suis et il fut. Si on le réfléchit, si on le choisit, si on l’intellectualise ou qu’on le pense, ce n’est plus Dieu. On n’est un bon croyant que si on abandonne définitivement sa liberté de pensée et qu’on se soumet au diktat de la raison divine.

La raison humaine impose la critique de la pensée. C’est ce qui fait l’être doué de raison : il critique ce qu’on lui soumet. Il doit se faire son opinion libre et critique et ensuite seulement s’y soumettre. C’est précisément l’inverse de ce que nous demande de faire Benoît XVI : acceptez la raison divine qui doit s’imposer sans réflexion ni critique ni liberté si elle veut rester pure.

Pire, le Pape veut imposer le positivisme à la philosophie et à la théologie : « La raison scientifique moderne doit tout simplement accepter comme donné la structure rationnelle de la matière, tout comme la correspondance entre notre esprit et les structures rationnelles qui règnent dans la nature. Mais la question 'pourquoi cela doit-il être ainsi' demeure. Elle doit être transmise par les sciences de la nature à d’autres modes et à d’autres niveaux de pensée - la philosophie et la théologie. » Comme si vous étiez des scientifiques, étudiez votre objet, approfondissez vos connaissances, enseignez et propagez vos découvertes mais jamais ô grand jamais, ne vous posez la question pourquoi. Comme la matière, comme la réalité, cela s’impose tout simplement parce que cela est. Acceptez le sans vous poser de questions.

C’est celui-là, le monde que le pape nous prépare.

Trop planifié pour être innocent.

Malgré tout ce qu’on entend comme « regrets » ou « incompréhension » la stratégie du Vatican est bien trop planifiée pour être une simple gaffe.

La date choisie à elle seule est la meilleure des preuves : nous sommes le 12 septembre, le Pape fait une conférence à Ratisbonne et on croit réellement qu’il a innocemment digressé sur l’Islam et la violence ? Pour qui nous prend-on ?

La réaction, aussi, du Vatican, fut bien trop immédiate. En fait, le pape n’avait même terminé son discours que déjà, le Vatican commençait l’apaisement en communiqué officiel expliquant que le Pape n’avait pas voulu dire ce qu’il avait dit.

La nomination d’un français comme ministre des affaires étrangères du Vatican est tout aussi suspecte.
C’est étonnant, Pourquoi choisir un français pour expliquer les gaffes du pape sur l’Islam? Un Français comme ceux qui, avaient refusés de faire la guerre en Irak et qui s’obstinent encore et toujours à refuser le choc des civilisations. Notons bien que ce français, Dominique Mambrosi était, auparavant, le représentant du Vatican en Algérie de 1986 à 1990, au cœur de la guerre civile algérienne où certains groupe islamistes, GIA, GSPC, FIS allaient égorger les gens dans leurs lits et exciser les petites filles. Bizarrement il fut nommé le 15 septembre soit quatre jours après une cassette d’Al Quaeda ou Al Zawahiri appellent à frapper les infidèles français par l’intermédiaire du GPSC.

L’essentiel de la carrière de Mambrosi a été au Soudan. Or le Soudan est aujourd’hui au cœur d’une guerre civile et des exactions des milices arabes. Le Soudan est un territoire où les islamistes gagnent du terrain depuis déjà un bon moment. Enfin le Soudan, on le sait moins est un champ d’expérimentation diplomatique. George Bush, en arrivant à la maison blanche, à amené avec lui toute une série de fanatiques religieux, c’est connu. Ce qu’on sait moins c’est que les évangélistes ont réussi à faire passer certains de leurs principes à la politique étrangère états-unienne.

Ainsi, chaque année, les Etats-Unis pondent un rapport sur la propagation des religions dans le monde. La France y est systématiquement épinglé à cause de la laïcité mais ce n’est pas tout. La politique d’intervention américaine a décidé de favoriser les ONG religieuses plutôt que les autres pour tout ce qui concerne l’aide humanitaire sur le globe. Enfin revenons au Soudan, la politique à adopter face à la crise soudanaise fut en quelque sorte laissé aux évangélistes comme terrains d’application de leurs principes. On leur a juste filé le dossier, pour qu’ils puissent faire joujou. Jusqu’à une période récente, ils pondaient des rapports auto flatteurs sur la façon dont ils avaient su gérer la crise. Il ne fait guère de doutes que le représentant du Vatican au Soudan a forcément du travailler avec les ONG évangélistes envoyées par Bush. Dominique Mambrosi est donc l’homme idéal pour sceller l’alliance entre les évangélistes de Bush et les neo-croisés du Vatican.

Un autre coïncidence est extrêmement troublante. On a vu comment le Pape appelle l’extrême droite religieuse juive à s’unir dans son combat contre l’Islam. Coïncidence qui arrive à point nommé : le Vatican, vient tout simplement d’ouvrir ses archives secrètes entre 1922 et 1939

L’ouverture d’archives secrètes est quelque chose de rarissime. L’ouverture des archives du Vatican est quelque chose de rarissime. L’un dans l’autre, on n’en revient pas. Précisément les archives sur la période entre 1922 et 1939, là, on pourrait croire à un gag. La période regroupe, en vrac, Hitler, Musollini, la Guerre d’Espagne et Franco. La Vatican précise bien que ces archives devront aider à clarifier les rapports entre l’Eglise catholique et la communauté juive persécutée dans les années 30
La coïncidence est beaucoup trop énorme, le Vatican n’ouvre jamais ses archives et celles là sont précisément les mieux gardées. Pourquoi maintenant ? Pourquoi justement après une conférence où il vient de rappeler les liens entre le judaïsme et le catholicisme dans le combat contre la foi de la force ? Cet acte là est un acte d’alliance. Le Pape s’allie d’un coté avec les fanatiques de Bush, et de l’autre avec les fanatiques juifs, c’est clairement une nouvelle croisade.

Le Pape a une stratégie cohérente du choc des civilisations. Il a décidé de s’allier avec les pires extrémistes religieux  pour mettre fin, dans ce monde, à la liberté, à la démocratie, à l’humanisme aux droits des peuples et à la dignité humaine. L’homme devra mourir pour un Dieu ou l’autre dans une croisade ou nous serons tous pris en otage. Ce pape là est un des pires dangers pour l’humanité dans ce monde qui s’annonce. Il n’incitera pas à la violence, bien sur, il poussera simplement les autres à tuer et à détruire. Il n’imposera pas sa foi par la force, bien sur mais il abolira simplement la liberté de choix.

Non le discours de Ratisbonne n’était pas une banale conférence d’un pape rétrograde mais bel et bien un discours de politique mondiale qui a définit la place de l’église pour les années à venir. Et cette place nous condamne à adorer Dieu ou a périr de la main de ses ennemis. Liberté, fais tes prières car dans la dictature de Dieu, tu n’es déjà plus qu’un paradis qu’on ne peut atteindre que par la mort.

article précédent
article suivant