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Clair comme de l'eau de roche à contre courant La fin de règne de la dynastie Chirac est apparue sous un jour nouveau ces dernières semaines. Après les premiers ministres jetables, les frasques marocaines du ministre des affaires étrangères, les défaites successives face au 1er flic de la place Beauvau, la crise des banlieues, celle du Cépéheu, la promulgation d'une loi à ne pas appliquer et les dragues de Le Pen par Sarkozy, on vient d'atteindre un nouveau sommet: Clearstream. Ce qu'il y a d'amusant avec les affaires d'espionnage c'est que dès que ça foire, c'est toujours dû à une histoire complêtement stupide. Lorsque les services secrets font leur travail, on en entend pas parler: libération d'otages, évacuation de ressortissant, attentats évités et arrestations de terroristes: voilà le travail de ceux qui protègent la France dans l'ombre. Par contre, lorsqu'ils arrivent en pleine lumière, c'est toujours dû à des echecs retentissants et à des affaires idiotes: Dreyfus, Rainbow Warrior, Ben Barka etc. L'affaire Clearstream n'échappe bien sur pas à la règle avec ses coups tordus, ses manipulations internes ses pions qu'on utilise et ses dessous qu'on découvre. Pour vous, fidèles lecteurs, nous avons décrypté l'affaire, trouvé le mobile du crime, l'arme du crime, le coupable, le couillon qui a des couilles et... le corbeau. Nos conclusions ne reposent sur aucune preuve concrètes mais sur des faiscaux d'indices concordants, issus de recherches personnelles, dont vous pourrez juger par vous même. A l'origine du monde "l'affaire Clearstream" remonte au début des années 1970. CEDEL (ancien nom de Clearstream) est une banque luxembourgeoise qui est chargée d'effectuer des transactions entre les banques entre elles. A l'époque, deux collègues: Ernest Bakes et Gerard Soisson sont approchés par deux mafieux italiens et, à leur demande, vont créer, en parallèle de l'activité normal de CEDEL, le système des comptes cachés. Tout marche pour le mieux dans le meilleur des mondes jusqu'au début des années 1980 où certaines choses commencent à déraper. Les deux mafieux qui avaient contacté Bakes et Soisson sont assassinés, Soisson et Bakes sont écartés du système qu'il ont mis en place et qu'ils connaissent par coeur et Soisson meurt d'un "arrêt cardiaque" en Corse en 1983. Profil bas pour Bakes jusqu'à
ce qu'en 1988, un nouveau Pédégé, André
Lussi, prenne la tête de Clearstream. Lussi compte bien étendre
le système des comptes cachés et élimine progressivement
tout ceux qui, au sein de la banque, commencent à avoir des
problèmes de conscience. CEDEL voit alors fleurir les comptes
pour des banques russes (on est en pleine pérestroïka),
colombienne, italienne, pakistanaise, suisse, américaine et
même du Crédit Lyonnais. Nous sommes au début de l'année 2001: La sortie du livre de Robert (26 fevrier) et la diffusion du reportage (1er mars) fait grand bruit dans la presse internationale. Le Luxembourg ouvre une enquête sur Clearstream (qui finira par un non-lieu et par le rachat de Clearstream par la Deutsch Börse Clearing en décembre 2001). Dans son enquête, Robert met en cause des mafieux Russes, Italiens, des services secrets (qui passent par Cleasrtream pour payer des rançons) des grosses entreprises publiques, bref, que du gros poisson. Grace au reportage et au bruit qu'il fait, le juge Van Ruymbeck a le vent en poupe. En juin 2001, l'affaire des frégates ressort dans la presse et au tribunal sur le thème des rétrocommissions. Et il en a bien besoin Van Ruymbeck: quoi qu'il essaye de faire, il se heurte au "secret défense" qui ni Fabius, ni DSK, ni Francis Mer (ministres des finances) n'accepteront de lever. Il faudra qu'il attende Michèle Alliot-Marie pour qu'enfin, on lui laisse avoir accès à certains dossiers. "Secret défense" car à l'époque de cette fameuse vente des frégates à Taïwan, Thomson CSF, le vendeur, était une entreprise publique (dont le pédégé s'appelait Alain Gomez). L'entreprise sera privatisée sous Juppé en 1996.
2001, l'année de tous les vices Et il se passe d'autres choses en 2001 que les révélation$ de Denis Robert, en particulier dans le petit monde des services secrets. C'est l'affaire du compte
de Chirac au Japon. (excellent
article du monde sur cette affaire) Cette affaire ne commence
pas en 2001 mais en fait en 1996 lorsque Osada, un japonais style
Bernard Tapis local, annonce son intention d'investir en France 1
million de dollars. Bénédiction de Chirac qui connaît
Osada pour avoir passé une nuit dans un de ses hotels lors
d'un voyage au Japon. Et là malheur. Gilbert
Flam n'en réfère pas à son supérieur hiérarchique
normal (qui est Jean-Pierre Pochon numéro 2 à la DGSE)
mais à Jean-Claude Cousseran (sa
biographie, en ligne ici) , qui est alors numéro 1. C'est
une des tragédies de la cohabitation. Flam et surtout Cousseran
sont proches des socialistes et Pochon, lui, est un chiraquien. Durant
toute la cohabitation aux services secrets, Pochon se plaint d'être
mis à l'écart, de ne pas être informé etc.
Bref, de ne pas être numéro un à la place du numéro
un. La gauche et la droite en cohabitation dans les services secrets
c'est un travail sérieux dans une confiance mutuelle et une
continuelle joie de vivre. Au mois de septembre 2001,
les tensions entre le numéro un (Cousseran) et le numéro
deux (Pochon) de la DGSE sont à leur comble. Pochon apprend
l'enquête de Flam sur les comptes de Chirac au Japon (car entre
temps, avec l'arrivée de la gauche à la tête de
la DGSE, l'enquête initiale sur Osada à très probablement
virée à la vérification de rumeur sur les comptes
de Chirac au Japon). On est pas très sérieux parfois
quand on travaille à la DGSE. C'est normal, le travail de base
du renseignement c'est la vérification des rumeurs, même
les plus absurdes. Même délirantes, folle ou, osons lacher
le mot, complêtement connes. Du genre Chirac aurait un fils
caché au Japon. Rondot, lui, qui a bien travaillé, est reconduit dans ses fonction de CROS (Conseiller pour le Renseignement et les Opérations Spéciales) auprès de MAM, nouvelle ministre de la Défense. MAM dans ses récentes déclarations sur l'affaire (le Canard enchaîné, Libération) dit ne pas franchement apprécier Rondot et le juge même incompétent. Le Canard révèle que selon MAM, "Ce n'est pas du tout l'as du Contre-Espionnage dont on parle. Il est resté à mon cabinet simplement parce que Carla Del Ponte (procureur du tribunal pénal international pour l'ex-yougoslavie) considérait que Rondot était le seul à pouvoir arrêter les criminels de guerre en Bosnie. Et il n'a arrêté personne". Rondot serait donc un incompétent absolu imposé au ministère de la Défense français par un procureur du tribunal pénal international. Un jour, la crédibilité
nous tuera tous... 1) Au début des
années 1980, Rondot quitte la DGSE et atterrit aux Affaires
étrangères où il travaille avec un jeune diplomate,
dominique de Villepin et Un future cadre de EADS: Jean-Louis Gergorin. La probabilité est
donc que Rondot a été imposé à MAM par
Chirac lui même sur les conseils et bons offices de Villepin
pour services rendus à la nation.
Je vole Un autre retour s'impose sur le monde merveilleux de l'aéronautique français. Nous retournons en 1998
chez Matra
aéronautique, une entreprise du groupe Lagardère.
Durant les années 1990, c'est Noël Forgeard qui dirige
l'entreprise et se bat contre l'autre monstre de l'armement: Thomson
CSF. La bataille est très dure et les coups sont très
bas. Le président de Thomson, Alain Gomez, monte une opération
appelée Couper
les ailes de l'oiseau. Dans cette opération Thomson remporte
de gros contrats dans la vente d'armes à... Taïwan. C'est à ce moment
là que les coups bas vont commencer entre les deux camps. Camus-Gergorin
contre Forgeard-Delmas, l'enjeu, c'est la tête du projet franco-allemand
EADS qui naitra le 10 juillet 2000. La direction de EADS est bicéphale,
moitié allemande, moitié française. L'Etat détient
15% du capital, ajouté au 15% pour Lagardère=30%. Les
Allemands détiennent exactement la même part de 30% avec
la même division. Mais Forgeard, avec la direction d'Airbus, a d'autres cartes en main. Il soumet directement à Lagardère (et donc sans passer par Camus, son supérieur hiérarchique) le fameux projet de l'A380, ce fleuron de l'aéronautique. Lagardère marche et le projet A380 est officiellement lancé le 19 décembre 2000. C'est une grande victoire pour Forgeard et Delmas car il vont empocher plein de fric et se placer en tête de la compétition qui se déroule pour prendre la tête d'EADS. Car le renouvellement des cadres d'EADS est prévu pour 2005. Forgeard et Delmas ont donc 5 ans pour prouver à Lagardère que ce sont eux qui engendrent le plus de fric avec Airbus et de leur coté, Camus et Gergorin ont la même période pour prouver la même chose avec EADS. Gergorin, numéro
2 d'EADS est donc très ennuyé en ce début d'année
2001 (il sort d'ailleur juste de dépression). ses ennemis,
Forgeard et Delmas viennent d'obtenir du saint patron le lancement
du projet A380 grâce auquel ils sont pratiquement sur d'obtenir
la victoire en 2005. Du fric, des contrats, des cérémonies
en grande pompes, des créations d'emploi pour la France, des
félicitations des politiques... C'est très mauvais pour
mon poste de vice président. L'affaire
explose dans les journaux. Toute la presse économique en parle,
Cleartsream attaque Denis Robert, et Denis Robert est soutenu par
le juge Van Ruymbeck. Tiens Van Ruymbeck, c'est celui qui enquête
sur les frégates de Taïwan et sur les sales coups de ce
salopard de Gomez. Les affaires suivent leur cours pour Gergorin.
En même temps que les déboires de Clearstream, il est
aussi au courant des déboires de la DGSE et de ses conflits
internes. De l'enquête de Rondot sur la DGSE avec lequel il
est toujours en contact. Des petits coups que Villepin trafiquotte
au cabinet noir de l'Elysée, pour sauver son président
et couler ses ennemis. Il ressort clairement de la déposition
de Rondot que Gergorin est en contact avec lui et Villepin durant
toute cette période. Gergorin se casse donc la tête pour trouver une solution a ses problèmes durant tout l'été 2002. C'est ce même été que la DGSE est complêtement vidé de ceux qui avaient enquêté sur les comptes de Chirac et, toujours ce même été, un homme va aller en prison. Le Libanais Cet homme est une des clés
de l'affaire Clearstream. Il s'appelle Imad Lahoud et c'est un informaticien
hors pair qui a travaillé sur les réseaux de financement
terroristes. Accessoirement, c'est aussi le gendre de François
Heilbronner. Heilbronner est un ancien du président Chirac.
Il a été son directeur de cabinet entre 1975 et 1976
et une nouvelle fois en 1986. En 1997, Heilbronner et son gendre Imad
Lahoud, se mettent ensemble pour créer un fond d'investissement
privé: le Volter Fund. Ils contactent leurs amis, les incitent
à investir et, en 2001, le volter
fund fait faillite : 42 millions de dollars ont disparus des caisses.
Heilbronner s'en sort, Lahoud, lui, passe par la case prison pour
trois mois de préventive. Il effectue sa peine durant cet été
2002 où Gergorin cherche une combine. Encore mieux, Lahoud et Rondot se connaissent. Pas directement en fait, ça remonte au Mandat Français durant l'entre deux-guerres: Papa Rondot et Papa Lahoud ont mis sur pied les services secrets libanais (le célèbre 2ème Bureau). Qu'ils se connaissent d'avant ou non, Rondot déclare aux juges que Gergorin lui présente Lahoud en Janvier 2003. Gergorin met Rondot et Lahoud en contact en disant à Rondot que Lahoud est un informaticien génial qui a géré les fonds de riches familles arabes et connaît les circuits des petro-dollars. Gergorin conseille à Rondot de faire embaucher Lahoud à la DGSE. En fait Gergorin a du murir
son plan durant l'été 2002, récupérer
Lahoud à sa sortie de prison (comme dans les films de gangsters)
et mettre un coup au point avec Lahoud durant l'automne 2002. En Janvier,
après que les remous internes à la DGSE se soient calmés,
il introduit Lahoud à la DGSE comme agent dormant en attendant
le moment propice. Lahoud travaille pendant quelques mois à
la DGSE qui le considère comme "difficile à traiter"
(déclaration de Rondot aux juges). Ca parait normal, Lahoud
n'est pas un agent de la DGSE mais de Gergorin. La mort du patron C'est un tremblement de terre. Jean-Luc Lagardère était le seul ciment entre ses "Lagardère boys" qui se livrent entre-eux, une lutte sans merci. Chacun s'est constitué des réseaux et chacun en joue pour couler ses ennemis. Lagardère gérait tout ça comme un général en campagne, sachant accorder sa confiance ou la retirer, confier telle ou telle bataille, doubler les hiérarchies au gré des combats et du fric à faire dans le monde merveilleux de la vente d'arme. C'est le fils de Lagardère, Arnaud Lagardère, qui prend les rènes de l'empire. Chacun active ses réseaux et ses alliances pour se placer dans les petits papiers du nouveau grand patron. On a toujours deux camps: d'un coté Camus et Gergorin à la tête d'EADS, de l'autre Forgeard et Delmas à la tête d'Airbus (qui est la poule aux oeuf d'or d'EADS). Jusque là, tout va bien mais la réélection de Chirac change la donne. Car la finance ne suit pas la politique. Forgeard est l'ami de Chirac qui fait pression pour qu'Arnaud Lagardère mette Forgeard à la tête d'EADS. Et Gergorin est l'ami de Villepin du temps où Gergorin dirigeait le centre d'analyse et de prévision du quai d'Orsay (sorte de service secret des affaires étrangères) et où Villepin commençait sa carrière diplomatique dans ce même organisme. C'est aussi durant cette période que Rondot et Villepin vont commencer à travailler ensemble sous les ordres de Gergorin. (En fait, c'est, selon toute vraisemblance, ce même trio qui animera le "cabinet noir" de l'Elysée chargé de déminer les scandales touchant le président et d'en miner d'autres contre ses ennemis.) La mort du grand patron chez Lagarèdre doit placer l'ensemble de l'empire dans un climat pourri de suspicions, de coups bas et de paranoïa collective. Personne ne sait qui va sauter et les rumeurs courent, courent. Gergorin clame, à qui veut l'entendre, que Lagardère a été assassiné par des mafieux russes. C'est à ce moment et en raison de cette paranoïa latente que Gergorin va activer son Lahoud, placé à la DGSE. Car c'est bizarrement en ce même mois de mars 2003 que Lahoud prend contact avec... Denis Robert. Le journaliste travaille toujours sur Clearstream et l'informaticien se présente comme un pro de la finance obscure, prêt à lui donner un coup de main. Denis Robert, ravi de voir des soutiens apparaître d'un coup de baguette magique, remet à Lahoud des listings de comptes Clearstream. La chronologie des évènements montre que ce sont ces listings qui vont servir de base aux listings trafiqués, pillier de l'affaire clearstream. Encore mieux, Lahoud dira à Rondot qu'il a obtenu des renseignements en fouillant discrètement dans l'ordinateur de Denis Robert (déclaration de Rondot aux juges). Que ce soit vrai ou non, celà en dit long sur les méthodes de Lahoud. Lahoud est à la
DGSE et utilise très probablement le matos et les archives
des services secrets pour commencer à trafiquer les listings
que lui a remis Robert. En septembre 2003, Lahoud est remercié
par la DGSE qui le juge peu efficace (normal, le libanais ne doit
fournir que des renseignements bidons et demander des accès
à certains dossier sensible). Voilà nombre d'éléments
intéressant à mettre bout à bout:
C'est en examinant les noms impliqué dans le listing qu'on comprend, en fait, toute la manipulation, ce qu'elle vise et de qui elle émane. L'idée est en fait d'associer certaines personnes aux ennemis de ceux qu'on cherche à se mettre dans la poche. Le principe est vieux comme le monde: les amis de mes ennemis sont mes ennemis. Le tout baignant dans une ambiance de crédibilité, c'est essentiel. Enfin, toute la liste joue sur un autre principe vieux comme le monde: "je l'ai toujours su!". C'est ce qu'on dit lorsqu'on voit apparaître dans une affaire louche, le nom des gens qui ont jadis complotés contre vous ou qui vous veulent du mal. Examinons donc de qui il s'agit: Nous avons donc, en premier
lieu le nom de tous les responsable ayant enquêté sur
les comptes de Chirac au Japon. D'une part ça justifie que
ce soit Rondot qui soit chargé de l'enquête (puisque
c'est le boulot de Rondot à la défense d'enquêter
sur les services secrets), et surtout, ça implique que Chirac
recevra, par sa ministre de la défense, une enquête interne
impliquant le nom de personne qu'il déteste et qui ont "complotés"
contre lui ("je l'ai toujours su!"). Ces noms sont
là pour que Chirac fasse le lien ennemi-reste du listing. En obscurcissant au maximum, l'auteur du listing cherche à combler ses lacunes en recréant une énorme théorie du complot qui associe la crédibilité, la paranoïa (toute théorie du complot repose sur la paranoïa), le gros coup de filet (avec des noms de personalités politique de haut niveau) et le petit plus délirant avec Alizée, Laétitia Casta ou Alain Minc (grand sarkozyste au demeurant): plus un mensonge est gros, plus il a de chance de marcher. On en profite aussi pour taper un coup sur Joulin, c'est à dire sur celui qui a été choisit par Lagardère pour Lobbyser Villepin et donc forcément à la place de Gergorin. Tout le montage repose
sur deux pilliers qui alimentent de manière crédible
la théorie du complot: Le listing, en fait, c'est une série de mouvements de comptes en face desquels on a mis tous ces noms: des comptes créditaires et deux comptes débiteurs. Seulement deux personnes, donc, auraient payés la centaine d'autres: Alain Gomez, ancien pédégé de Thomson au moment des frégates, et Phillipe Delmas: numéro 2 d'Airbus, lieuteneant fidèle de Forgeard et préssenti pour piquer la place de Gergorin à EADS en 2005.
L'auteur du listing a pris
soin de dissimuler lourdement le nom de Sarkozy derrière ses
deux autres noms: Nagy et de Bocza. Ce listing arrive sur le bureau
de Dominique de Villepin tout comme il est arrivé dans les
mains de Rondot c'est à dire par Gergorin. Le procédé employé par l'auteur du listing est d'une simplicité enfantine qui convient parfaitement à Villepin. En dissimulant grossièrement Sarkozy derrière ses autres noms, l'auteur du listing va obliger Villepin a un processus intellectuel de traduction et donc, d'appropriation de l'intox. Villepin, tellement fier et imbu de lui même d'avoir deviné tout seul qu'il s'agit de Sarkozy sera persuadé que c'est lui qui l'a découvert. L'intox est forcément vrai puisque Villepin a trouvé ça tout seul et puis, au fond, "on l'a toujours su..."
Pour l'homme du cabinet noir de l'Elysée, l'occasion de couler son rival principal est trop belle. Il convoque Rondot à une réunion le 9 janvier 2004, réunion où Gergorin arrive avec son listing. A l'issue de cette réunion du trio infernal, Rondot pond une note personelle qui sera saisie par les juges et apparaît dans la déclaration de Rondot. En voici la teneure principale: « 9 janvier 2004,
17h30, entretien D. de Villepin Mais les journaux ne l'ont pas du tout comprise dans le langage "renseignement" mais dans le langage "politique". Ils ont courus (eux-aussi) sur le "fixation N. Sarkozy" donné à Rondot comme instruction par Villepin. C'est la raison pour laquelle Rondot se fendra d'un démentit officiel dans le Figaro. Quoi qu'il en soit, cette note exprime, le plus probablement du monde, la vérité criante d'un officier de renseignement qu'on a cherché à manipuler: "on m'a jeté dans cette affaire pourrie et on m'a dit débrouillez-vous" (déclaration de Rondot) Montage En filigrane de cette note, apparaît en fait tout le montage de Gergorin. -Charger Rondot de l'enquête: en impliquant des officiers des renseignements sur lesquels il a déjà enquêté. L'implication de Rondot est necessaire d'une part pour que l'affaire arrive sur le bureau de Chirac par le canal du ministère de la défense, d'autre part par les liens avec Villepin et la crédibilité dont il bénéficie. -Empêcher que Rondot ne dévoile le contenu réel de son enquête auprès de MAM. Le nom du compagnon de MAM empêche Rondot de référer de son enquête à son supérieur hiérarchique. Le montage marche puisque Rondot sera chargé officiellement par le ministère de la défense de n'enquêter que sur le personnel de la défense et non sur les politiques. L'idée est que le même homme, Rondot, rendra des rapports séparés sur la même affaire par deux canaux différents: l'un est le ministère de la défense, l'autre est Dominique de Villepin qui s'excite sur Sarkozy. Les deux canaux arrivent tous deux sur le bureau du président Chirac. C'est la deuxième base d'une manoeuvre d'intoxication: l'information doit émaner de deux source différentes. -Appâter Chirac sur une énorme affaire impliquant tous ses ennemis aussi bien en politique (Pasqua, Sarkozy, hommes politiques de gauche) qu'aux services secrets (a noter, le cas de Squarcini, numéro 2 sarkozien des RG que Sarko essaye de placer numéro un depuis son premier passage à l'Intérieur). Le tout reliant à deux noms: Gomez et Delmas. Tout l'intéret étant que Chirac cesse de soutenir son ami Forgeard pour la présidence d'EADS mais mieux encore, si Chirac faisait pression sur Forgeard pour que Delmas saute et que Gergorin l'ami de Villepin, garde son poste de vice-président d'EADS. Enfin, une remarque de Villepin montre clairement que le montage émane d'un financier et non d'un politique: "Dominique de Villepin insiste sur le croisement des réseaux en dehors des clivages politiques." Pour un politique, en effet, on pense en droite/gauche. On est corrompu que lorsqu'on est au pouvoir et lorsque la droite gouverne, la gauche est dans l'opposition et vice-versa. Le politique est obligé de choisir un camp mais le financier, lui, paye les deux sans distinction. C'est le même qui paye la gauche quand la gauche gouverne et la droite quand la droite gouverne. Pour lui, les clivages politiques qui sont la base de la pensée de Villepin, n'existent pas: il y a le financier qui paye et le politique qui se laisse corrompre sans distinction. Le montage est donc clairement l'oeuvre d'un homme habitué à penser en terme de financier et non d'un politique qui aurait, même inconsciemment, réspécté les clivages en vigueure. Autre détail impliquant
plus encore Gergorin pour ceux qui aurait des doutes:
Rondot mène l'enquête. D'abord il vérifie d'une façon très simple les numéros de compte de ceux des services-secrets qu'il connaît et qui sont ses amis. Il essaye tout naturellement de faire virer une somme sur un compte Crédit Lyonnais indiqué comme appartenant à un de ses amis: le compte n'existe pas. Méfiant, il tente
de tester les "capacités de pénétration
d'Imad Lahoud": il en ressort convaincu que Lahoud est un
très bon informaticien mais très sceptique sur la crédibilité
des listings. Le 3 mai, le juge Van Ruymbeck reçoit la première lettre du corbeau dénonçant un énorme trafic financier liant des mafieux russes, des banques colombiennes, italiennes etc. (en fait exactement ce que Robert dénonce dans ses enquêtes) ainsi que deux personnes auxquels il s'intéresse dans l'affaire des frégates: Andrew Wang (intermédiaire des retrocommissions) et Alain Gomez, pédégé de Thomson de l'époque. Un «élément nouveau» attire le juge : Philippe Delmas, vice-président d'Airbus, aurait pris les rennes de «l'entreprise de corruption». Histoire de recentrer un peu car tout le monde commence à partir dans tous les sens. Le juge va donc mettre Delmas en examen à un moment crucial: le 7 mai: jour d'inauguration du "hall Lagardère" où sera assemblé le futur airbus A380: le projet far qui va, c'est pratiquement sur, porter Forgeard et Delmas à la tête d'EADS dans 8 mois. Le temps presse, d'autant que Forgeard marque de plus en plus de points: en septembre 2004 on ressortira des cartons LE projet Forgeard de fusion EADS-Thales et Chirac accentue la pression pour son ami auprès d'Arnaud Lagardère (le monde nous indique que Lagardère finira par céder en décembre 2004) Défense insuffisante, apparament puisque le 14 juin, le juge Van Ruymbeck reçoit un cédérom: un listing de compte à Clearstream, sans aucun nom mais tout le monde devinera à qui sont censés appartenir ces comptes. On ressent quand même le besoin de le préciser avec une troisième lettre anonyme le 23 juin, celle-ci impliquant mot pour mot, tous les noms déjà cités. Ca marche: après
l'envoi du Cédérom, Villepin appelle Raffarin tout excité:
"Ca y est, on le tiens. Sarko est fini. Si les journaux font
leur travail et si ils ont des couilles, il ne survivra pas à
cette affaire" ("la tragédie du président"
de Franz-Olivier Giesbert) Ah, les couilles de Villepin... A force de vouloir des couilles, Villepin est en fait le couillon de l'affaire. Il est incapable de s'imaginer que c'est Gergorin qui monte tout depuis le début qui est le corbeau. Il voit donc l'affaire ressortir sur le bureau de Van Ruymbeck et il y croit plus que jamais. On est au pire moment de l'affrontement: celui où Sarko a décidé qu'il serait ministre ET président de l'UMP. Pire encore pour les couilles de Villepin: comment admettre, lui, cerveau génial, animateur de l'ombre de coups tordus, lui grand poête et applaudis à l'ONU, comment admettre qu'il s'est fait manipulé et que d'un bout à l'autre, il n'a été qu'un petit pion minable dans une petite machination minable au nom d'une petite lutte de pouvoir minable au sein de Lagardère. Malgré les différentes conclusion (de Rondot et de la DST à qui Villepin, depuis qu'il est ministre de l'Intérieur a demandé une enquête sur le même sujet) qui arrivent sur son bureau durant l'été 2004 et qui toutes impliquent Gergorin, le premier ministre s'accroche à ses couilles et s'enferme dans ses convictions.
Automne 2004, l'affaire sort dans la presse. Sarkozy ainsi que les autres sont rapidement blanchis. C'est tout bénéfice pour Sarko qui est forcément autant corrompu que n'importe quel homme politique mais qui, cette fois, a été la victime. On a beaucoup repproché
à Villepin et même à MAM de ne pas avoir informé
Sarkozy ou les juges des enquête de Rondot et de leurs conclusions
négatives. C'est un faux procès. A Villepin aussi c'est un mauvais procès. Quel homme sensé irait informer son pire ennemi qu'il mène une enquête secrete sur lui et, pire encore, que les conclusions de cette enquête le blanchisse totalement? Quand aux juges, il est normal que Villepin préfère laisser les juges enquêter sur Sarkozy: au mieux ils trouveront quelque chose (ce que Gergorin doit lui souffler à l'oreille), au pire, on aura calomnié et ça restera dans les esprits. Concernant EADS, c'est
encore plus drôle: Camus a été éjecté,
Foregard a eu le poste, Gergorin a baissé de statut mais surtout
Delmas, lui, a été complêtement éliminé,
non pas par Gergorin mais par... les Allemands. Ayant fini d'éplucher les listings bidons envoyé par le corbeau, les juges cherchent désormais à auditionner tous les protagonistes pour savoir qui c'est. Rondot est auditionné le 28 mars 2006 (après avoir démissionné en fin d'année précédente) et la déposition sort dans le journal le monde. Au lieu d'avouer et de manoeuvrer dans le terrain que Rondot lui a laissé dans ses notes, Villepin, le couillu, dément tout de bloc et contredit Rondot. Il suffisait de dire que
oui, il avait mené une enquête dans le cadre d'un scandale
pouvant toucher le président mais Villepin préfère
démentir en bloc son rôle de poisson rouge tournant dans
son petit bocal d'eau trouble et appaté par le nom de son rival.
Il a du essayer à tout prix d'oublier cette affaire idiote
et la partition de pigeon qu'il a du jouer, c'est la raison pour laquelle
il préfère tout nier. |