
Sarkozy: Merci!
Depuis ce jour historique
du vendredi 31 mars 2006, le pays est officiellement décapité.
Le truc qui nous sert de président par intérim est devenu
complètement gateux et schyzophrène. Le chiraquisme
du fin de règne dans toute sa splendeur.
Une autruche qui ne peut
même plus s'enfoncer la tête dans le sable puisqu'elle
s'est décapitée depuis bien longtemps: voilà
la tête de l'Etat. Dans le rôle du premier ministre: Don
Quichotte. Ses moulins débiles sont devenus le symbole expiatoire
de la nouvelle contestation à la française et lui, le
chevallier de l'inutilité. Et, bien sur, sans oublier le nazillon
de la place Beauveau (et grand gourou du parti unique) qui tente son
putsh de 1923 (un premier avril 2006, novembre 2005 étant un
peu trop occupé).
Fier d'être français:
toute notre génération a attendu longtemps d'avoir son
mai 68: youpi, on a le Cépéheu.
Pareil: des étudiants dans la rue, blocage des facs, affrontements
avec les CRS... Sauf qu'en 68, le mouvement était révolutionnaire.
Aujourd'hui, il est devenu réac... en apparence, du moins.
C'est quoi réac?
"Tendance politique qui s'oppose aux évolutions sociales
et s'éfforce de rétablir un etat de chose ancien"
(Larousse).
C'est pas qu'on puisse franchement considérer le Cépéheu
comme une avancée sociale, plutôt une non-réforme.
En théorie, donc, s'opposer à un truc qui reste sur
place, on peut pas dire que c'est vouloir revenir en arrière.
On vire en fait dans l'absurde le plus total: la gauche ne sert à
rien. La droite non plus mais c'est elle qui gouverne et donc elle
pond des textes immondes. C'est normal, c'est le boulot de la
droite. Comme la gauche ne sert à rien et ne propose rien (Non,
ségolène n'est pas non plus une avancée sociale
extraordinaire), la droite présente ses travaux comme des avancées
sociales formidables, et ceux qui s'y opposent sont les réactionnaires.
Mais les étudiants
ne veulent qu'une chose: qu'on les laisse rêver. Rêver
qu'ils sont en 68, rêver du futur comme ils l'imaginent, rêver
une nouvelle société, d'un monde avec des fleurs et
du travail pour tous, rêver de pouvoir changer la politique
de leur pays et vomir ces 82% mal digérés en 2002.
Mais le Cépéheu est la seule solution dans ce monde
économique mondialisé. Ce sont les dures lois du libéralisme,
il faut s'y adapter: pas de Cépéheu, pas de boulot.
Il faudra bien qu'ils acceptent la flexibilité de l'emploi,
la dure loi du capitalisme économique et de la libre concurrence
avec la Chine...
D'accord, alors. Acceptons
tout celà sans broncher. C'est vrai après tout, il faut
bien se rendre à l'évidence: la flexibilité du
travail on ne pourra pas y couper.
Une toute petite question cependant: en quoi le libéralisme
économique est-il obligatoire? Pourquoi le futur serait-il
forcément libéral? Oui, le capitalisme est inégalitaire
et injuste, c'est la loi du plus fort etc. mais qui a dit que c'était
le modèle universel obligatoire? Pourquoi est-ce que le non-futur
de quelques croulants gateux devrait-être le notre?
On ne dit pas non au futur,
on dit simplement non à celui qu'ils nous proposent, ça
n'a rien de réactionnaire, c'est déséspéré.
Du grand n'importe quoi
Mais le mouvement devient
de plus en plus absurde. Un non au futur déséspéré
proposé par une droite fachisante, c'était cohérent.
Récupéré par l'UNEF et orienté contre
le Cépéheu ça avait l'air tout de suite beaucoup
plus con.
Mais quand, samedi 18 mars, le PS, la CGT, la CFDT,
la CFTC, SUD, le PC etc. sont venus se joindre aux manifestants, forcément,
ça a tout de suite eu l'air carrément réac: normal,
c'est le boulot des syndicats.
Et ridicule aussi, avec les
syndicats de parents d'élève qui appelait à manifester.
D'où ça sort que les parents d'élèves
aillent manifester avec leurs enfants? Attention mon petit, met bien
ton écharpe. Tien, j'ai pris un peu de citron contre les gaz
lacrymogènes, met en sur ton foulard quand tu lance un pavé.
Fait attention à ton protable mon bisounours, j'ai vu des méchantes
racailles tout à l'heure. -Mais non, m'man, c'est le collectif
Attac Seine St Denis, ils sont pas méchants...
Et des casseurs lobotomisés
aussi, eux, plus réacs que jamais. Question: que fait une bande
de cailles face à une rangée de CRS prêts à
charger, matraque au poing? Réponse: ils piquent le portable
de la gamine d'à coté. Mériteraient que Sarko
leur donnent des cours de français, juste pour apprendre à
écouter les paroles de rap.
Un vrai casseur à la française, Pendant la manif, ça
crache sur le PS, le PC ou la CGT. A la dispertion, ça prend
un pavé, ça le lance sur le flic et sa court pendant
que ça charge. A la fin, si y'a de l'extrème droite
qui débarque, ça va leur mettre un raclée. Ca
casse des macdos et des vitrines de banques, pas des librairies et
des cafés. Les jeunes d'aujourd'hui n'ont plus aucun sens politique.
On peut même plus affronter les CRS tranquille, on est obligés
de faire attention à des bandes de connards qui viennent piquer
des portables à des gentils petits bobos parisiens qui manifestent.
Du coup, les parents viennent protéger leurs gamins et c'est
les ordures de la CGT qui viennent protéger les parents pendant
que le PS approuve du bout des lèvres: réac ou absurde,
bienvenus en France.
Un mouvement d'une naïveté touchante
Le mouvement était au départ très bon
enfant: manifs pacifistes, la rue est à nous, le Cépéheu
et la droite avec, c'est nul .
Ces gentils petits étudiants qui veulent leur mai 68 comme
leur parents mais qui n'ont malheureusement aucune expérience
politique. Ils ne bénéficient pas non plus des idéologies
d'extrème gauche qui fournissaient un cadre à la pensée
politique et surtout des méthodes de militantisme.
En 68 la CGT et le PCF pourchassaient les étudiants avec des
barres à mines et se prenaient en retour, des pavés
légitimes. Le PS, l'UNEF et les syndicats: c'était eux
les forces réactionnaires. Il fallait les combattre (au sens
propre). Dès qu'une lutte apparaissait, ils arrivaient en masse
aux AG, récupéraient le mouvement de contestation pour
le bloquer et en faire un instrument de chantage au gouvernement.
Ils n'ont pas changés. Mais maintenant ils ont récupérés
le Cépéheu pour en faire un instrument de chantage au
gouvernement: "écoutez-nous sinon manifs". Les jeunes
sont tout naïfs devant ce qui se passe: le réveil risque
d'être très pénible.
Comment elle va réagir cette pauvre petite lycéenne
qui pleurait vendredi soir, place de la Bastille en entendant Chirac:
"il n'a rien compris"...
Toi non plus ma pauvre. Ton immense élan, tes larmes, tes cris
de slogans, tous tes éspoirs: CGT, UNEF et autres pourritures
vont aller les négocier avec Sarko cette semaine. Et Sarko
va dire: "je retire le Cépéheu" et toi, qu'est-ce
que tu va faire? Applaudir Sarko? Lui dire merci? Tu ira faire du
diabolo sur la place de la Bastille en chantant Zebda pendant que
ces ordures, en sortant de chez le nazillon répondront à
la presse: "la négociation a été rude mais
Sarko est un homme compréhensif: il a su entendre le message
des Français.": En voilà une belle raison de pleurer.
Pays bloqué:
Le Pays est, depuis une
semains totalement bloqué de tous les cotés.
Au gouvernement, le psychopate (vouloir passer une réforme
social en France sans négocier avec les syndicats et sans assise
parlementaire relève de la maladie mentale) tient à
son Cépéheu comme à ses couilles (l'expression
est de lui). Malheureusement pour lui, Sarkozy
est en train de les lui couper sous les pieds en récupérant
le dossier du Cépéheu.
Les syndicats, eux-aussi sont bloqués. le Cépéheu
est une connerie et ils ont réussi à réunir 3
millions de manifestants dessus. Un peu grace à Villepin il
faut dire. Si le fou avait évité de comparer sa politique
merdique à la guerre 14-18, son mandat merdique à l'épopée
des cents-jours, et son Cépéheu merdique à la
campagne de russie, on en seraient probablement pas là. La
France est un pays magnifique aussi parce qu'elle attache une très
grande importance au choix des mots.
Un goutte d'eau qui fait déborder le vase, donc et les syndicats
commencent à craindre que le vase, a force de déborder
ne soit complètement vide.
Le pire serait une manif où il y ait moins de monde que la
précédente car à ce moment là, c'est Villepin
qui gagne.
Pour les syndicats, la
necessité absolu est donc d'arriver à retirer la goutte
tout en gardant le vase plein. C'était si facile de se dire
qu'on allait négocier les articles ennuyeux (la période
d'éssai et la justification de licensiement) et qu'on sortirait
ensuite en faisant croire qu'on a gagné. On aurait marqué
pleins de points.
Oui mais voilà, ces jeunes réactionnaires qui ne comprennent
rien veulent le retrait du Cépéheu. Pas négociation,
pas accord syndical: retrait. Les syndicats, pour récupérer
le mouvement sont obligés de dire la même chose et ils
sont coincés sur cette position tant qu'ils veulent garder
le mouvement et l'opinion publique qui va avec.
Sarko, donc, avec son mini putsh politique est un pur génie.
En entendant Chirac dire qu'il y aura une nouvelle loi d'aménagement
du Cépéheu, il prend les devants et appelle tous les
syndicats à la table des négociations. "Il a le
droit de faire ça?" bien sur, il a tout les droits. Une
loi est censé être voté à l'assemblée,
Villepin était passé par dessus, lui peut donc racheter
l'assemblée à prix cassé grâce au dossier
béni du Cépéheu.
Là où ça peut devenir très drôle...
Encore merci à Sarko.
Il n'avait pas besoin d'en faire autant pour nous plaire, mais ce
coup là mérite la révérence.
Sarko prend sur lui la crise du Cépéheu. On sait comment
il gère une crise (cf le dossier Corse ou la crise des banlieues)
celle là s'annonce très drôle.
Tout les syndicats sont
plus ou moins prêts à négocier avec lui, UNEF
comprise, puisqu'ils ont peu de chances de retrouver une aussi belle
position de force que mardi prochain. Mardi 4 avril 2005 risque d'être
magnifique: des centaines de milliers de personnes demandant le retrait
du texte. Les syndicats iront donc logiquement le demander chez Sarko.
D'une part, tout ces jeunes étudiants si pleins d'éspoirs
risquent de voir les syndicats comme ils sont réellement: des
pourritures qui vendent n'importe quelle cause juste pour faire parler
d'eux. Tout le mouvement risque donc de mettre Sarko et les syndicats
dans le même sac ce qui nous permettra enfin de sortir de la
crise, c'est à dire qu'on pourra aller manifester contre de
réelles ordures réactionnaires et plus contre Don Quichotte
et son texte débile.
D'autre part, Sarko ne peut pas retirer le Cépéheu.
Non seulement parce que la loi a été promulguée
mais aussi parce que s'il le fait, Villepin est obligé de démissioner
et lui se retrouve premier ministre et exit la campagne de 2007. La
France d'après, la rupture, le changement, on oublie: assume
la fin de règne et la dégringolade dans les sondages.
La stratégie de
Sarko, c'est de négocier un Cépéheu complètement
vidé de son contenu, ce qui permettrait à tout le monde
de sortir de la crise. Villepin reste avec son texte, les syndicats
s'en sortent avec le moins de casse possible et Sarko arrive enfin
à résoudre une crise politique.
Le problème c'est que la crise dépasse de loin le Cépéheu.
Le mouvement exige son retrait pur et simple. Pas son maintien sous
forme de coquille vide, pas sa renégociation, le retrait. Le
retrait du symobole de raz le bol de cette France de droite réactionnaire,
de ce nazillon qui se voit déjà président, de
ces élites grabataires qui ne comprennent plus rien, de cette
façon minable de faire de la politique et de se battre contre
des moulins en ne proposant que du vent.
Sarkozy, en reprenant la
crise ne pouvait pas nous faire un meilleur cadeau: il se coince tout
seul mais en plus il entraine les syndicats avec lui. Enfin on va
pouvoir aller manifester contre une réalité: Sarko tout
puissant et les syndicats à sa botte. Enfin le petit moi de
mai tant attendu se profile à l'horizon: celui où les
racailles et les bobos iront ensemble lancer des pavés contre
les forces réactionnaires: les PS, PC, les Sarko, UMP, Villepins,
Chirac, extrème droite et toute cette clique de croulants immondes
qui prétendent nous dicter leur futur néo-libéral
et sécuritaire.
Magog éspérait depuis longtemps ce moment. Le moment
tant attendu où enfin nous pourrions dire le plus sincèrement
du mondeet avec tout notre coeur: Sarkozy, merci!