![]() La victoire de l' histoire Le conseil d'Etat a signé, mardi 31 décembre, l'arrêt de mort de l'article 4 (alinéa 2) de la loi du 23 février 2005 sur les rapatriés. Ce fameux article extrêmement
litigieux prévoyait d'imposer les dispositions suivantes: Si on doit mesurer le rôle positif de la présence française outre-mer à l'état actuel de l'Algérie, on comprend que certains trouvent le terme "positif" mal choisi... Mais à défaut d'être stupide, mal choisi, inutile, totalitaire et scandaleux, cet alinéa a eu le mérite de faire beaucoup réfléchir sur le rôle de l'histoire et la place de la mémoire dans la société "L'histoire n'appartiens pas aux historiens" C'est la position d'Arno
Klarsfeld dans son rapport
à l'UMP sur La loi, l’histoire et le devoir de mémoire. Sa position (d'avocat) se tient: il cite, dans son rapport, de nombreux exemples de lois sur la mémoire. Reconnaissance par un Etat de certains aspects peu glorieux de son histoire, commémoration nationale, journée honorifique de tel ou tel évènement, monuments commémoratifs etc. Pour Arno Klarsfeld, c'est au politique (aussi) de dire la mémoire de la nation et tous les exemples qu'il cite vont dans ce sens. Mais Me Klarsfeld se trompe.
Il a confondu mémoire et histoire et surtout, politique et
juridique. Réponse aux historiens Le rapport remis à l'UMP répondait, en fait, à une pétition de 19 historiens (véritablement reconnus et non auto-proclamés comme s'est permis de le dire le ministre délégué aux anciens combattants Hamlaoui Mekachera) Cette pétition réclame l'abrogation des lois mémorielles sans exception: celles sur l'esclavage, sur le négationnisme et sur le rôle positif de la colonisation. Me Klarsfeld répond
aux signataires qu' "[ils] estiment qu’il appartient
aux seuls historiens « d’écrire l’histoire
» Les historiens n’écrivent pas l’histoire,
les hommes, les peuples font l’histoire; les historiens se contentent
d’écrire sur l’histoire." Non Me Klarsfeld, les historiens étudient l'histoire. C'est leur science, leur objet scientifique. Les hommes l'écrivent et certains parmi eux, la font. L'histoire est une science et c'est celà que Me Klarsfeld ne comprend pas (car ce n'est pas la sienne). La mémoire de la
Nation n'est pas l'histoire. Si la Nation éprouve le besoin
de faire ressortir certaines mémoires enfouies grâce
à des lois mémorielles, la loi du 23 février
sur le rôle positif de la présence française outre-mer,
elle, est d'une autre nature. Ni l'histoire, ni les historiens
ne peuvent dire clairement qu'un phénomène tel que la
colonisation est (ou a été) positif ou négatif.
Arno Klarsfeld n'a pas tort quand il dit que ce sont les hommes qui
font l'histoire, on souhaiterai juste qu'il aille au fond de son idée:
que la loi, alors définisse si la présence humaine et
son action au cours des siècles est positive ou négative. Quand on connait la complexité
d'un individu, d'un seul, comment jugé l'action d'une multitude?
Comment juger l'infinité d'intérêts qui a donné
naissance à un seul évènement et l'infinité
d'évènements qui ont constitué la colonisation. Me Klarsfeld, confondant
histoire et mémoire, voudrait donner des lois à l'histoire,
permettez que l'histoire lui donne une loi: on ne juge pas! On ne
peu condamner que notre présent, notre mémoire peut
se piquer de conscience mais l'histoire, elle, ne juge rien ni personne,
jamais. Elle se demande pourquoi et comment sur une base purement
scientifique. Les historiens sont des chercheurs, ils n'ont pas d'éprouvettes,
ils ont des documents, des sources, ce sont des scientifiques. Une règle aussi,
pour Me Klarsfeld: une époque n'a pas à en juger une
autre. On ne se permet pas de juger l'époque ancienne avec
nos lois: que dire si le Texas se permettais de condamner les mignons
de César avec ses lois anti-sodomie? On ne peut pas juger les
sociétés passés en fonction des normes sociales
de notre époque: le procès n'est pas équitable.
Qui sera parti-civile? Et surtout qui fera la défense? Pour que des peuples non-civilisés accèdent à la civilisation (et que la civilisation accède aux matières premières): le principe le plus humaniste découlait de l'idéologie la plus raciste: la supériorité d'un homme sur un autre. Intervention des historiens dans la politique La pétition réclamant l'abrogation des lois mémorielles peut sembler surprenante. Pourquoi un historien voudrait il abroger le fait qu'on considère l'esclavage comme un crime contre l'humanité ou les propos de négationnisme comme un délit pénal? Tout simplement parce qu'ils en sont victime: En vertu de la «loi Taubira», l'historien spécialiste de l'esclavage, Olivier Petré-Grenouilleau, est actuellement poursuivi pour avoir déclaré le 12 juin dernier dans le Journal du dimanche que l'esclavage est «un phénomène qui s'est étendu sur treize siècles et cinq continents» et que «les traites négrières ne sont pas des génocides», car «la traite n'avait pas pour but d'exterminer un peuple». Ce n'est peut être pas du goût de tout le monde mais la plus stricte vérité est que l'esclavage était un commerce. Il n'est pas assimilable à un génocide où des hommes prétendent éliminer des sous-hommes: les esclaves n'était pas des hommes même pas des sous-hommes mais une marchandise génératrice de profit. L'esclavage, en lui même
n'est pas un crime contre l'humanité. Si le fait de considérer
un homme comme une marchandise peut, lui, être considéré
comme un crime contre l'humanité, l'esclavage n'est que sa
traduction capitaliste. Et pourquoi la loi ne considère-t-elle pas, aussi, que le commerce des armes est un crime contre l'humanité? (ici, un lien pour un aperçu de la notion de crime contre l'humanité) Les associations qui portent
plainte ont commis un précédent très grave. Elles
utilisent le droit pour détourner la science. Elles attaquent
en justice les travaux d'un chercheur. Le plus grave serait que ce
chercheur soit condamné. Il faudrait alors condamner tous les
juges ayant mal jugé (comme le juge Burgeaud) mais aussi tous
les médecins ayant fait des erreurs de diagnostique, tous les
scientifiques ayant été remis en cause dans leurs travaux,
tous les journalistes ayant publié des informations erronées,
tous les musiciens ayant joué des mélodies un peu trop
douces face à la réalité du monde, et enfin (et
surtout) tous les Etats, présent ou passé, ayant utilisé
la propagande. La loi est mal faite La loi Taubira montre son erreur. Elle introduit une nouvelle notion au "crime contre l'humanité": celle de l'esclavage. Cette notion, qui auparavant ne s'appliquait qu'aux génocides, introduit l'idée que l'esclavage était un génocide ce qui est faux. L'esclavage est un crime DE l'humanité et non contre elle. Les négriers n'ont commis aucun crime contre l'humanité puisque les esclaves n'étaient pas des humains. La religion considérait qu'ils n'avaient pas d'âme. Aujourd'hui, chez Delarue, certains portent le deuil de leur caniche pendant plusieurs années mais à l'époque, un noir n'était pas un être humain. Ce n'est pas un ignoble mensonge, c'est un fait: ces hommes qui ont fait l'histoire pensaient comme ça autant par intérêt que parce qu'une autorité supérieur, Dieu, leur a dit que c'était vrai. Ca n'excuse rien, ça explique. Que la loi condamne l'esclavage actuel (car il existe), les génocides (car ils existent encore) et les crimes contre l'humanité qui se commettent tous les jours mais comment peut-elle se permettre de condamner et même de juger, un historien qui explique et qui raconte. Une loi qui jugerait les acteurs à titre posthume, bien que profondément débile, serait, elle, bien écrite. Mais si une loi peut juger l'histoire, alors l'histoire jugera la loi et c'est exactement le sens de la pétition qu'ont signé les historiens. Que la loi s'applique aux
dérives médiatiques et politiques, qu'elle condamne
ceux qui glorifient l'esclavage et qui nient la shoah mais pas les
historiens. L'Histoire est mal faite Faite par des hommes, l'Histoire est mal faite. Elle est faite de crimes, de guerres, d'horreurs, de sang, de purges, de camps, de réfugiés, de noirs, de blancs, d'arabes et de juifs qui, tous, sans exception, y ont trempé. Les hommes étant des mortels, l'Histoire est le plus grand génocide de l'humanité. Sans aucune distinction de races ou de religion, l'Histoire à tué, fait tué ou regardé mourir sans ciller des milliards de personnes au cours des siècles. Elle a préservé la mémoire de tyrans sanguinaires et de pauvres fonctionnaires, des plus glorieuses armées et de champs de batailles couverts de cadavres. L'Histoire est mal faite,
jugeons les auteurs du crime et non le crime lui même. Si la
loi veut se permettre de juger l'Histoire et les historiens, alors
la loi se doit de définir juridiquement ce qu'est l'Histoire.
Elle se doit de porter au niveau légal les lois et les règles
scientifiques qui régissent l'Histoire: son étude et
son enseignement. Les historiens se sont faits avoir Ils se sont faits avoir sur la loi du 23 février 2005. Ils ont joué le jeu: le droit et la politique se permettant de demander (d'ordonner en fait) qu'on parle des aspects positifs de la présence française, ils se sont permis d'entrer politiquement dans un débat juridique et politique qui n'est pas le leur. Car les historiens disposent d'une arme bien plus puissante que toute loi ou tout discours politique: l'Histoire elle même. Ils auraient dû courber l'échine, accepter la loi, laisser le débat aux politiques et aux avocats mais au final, c'est à eux que reviendra l'ultime définition des "aspects positifs" de la présence française Outre-Mer. Certes, le législateur imaginait les écoles, les hôpitaux, le développement du pays etc. mais ça, ce n'est pas l'Histoire, c'est un vieux discours de propagande coloniale. Pour l'Histoire, il n'y a pas de positif et de négatif, elle se situe donc toujours hors de la loi. Les historiens pourraient librement définir les aspects positifs historique de la présence française: l'émancipation des peuples par les guerres d'indépendance, la mixité de la France à l'heure actuelle, la découverte que ces bêtes sans âmes étaient en fait des hommes (puisqu'ils nous ont mis dehors avec les fusils qu'on leur a vendus); le rayonnement mondial de la France et le fait que ses anciennes colonies hurlent aujourd'hui quand elle promulgue des lois idiotes. Le fait que ces anciennes colonies, aujourd'hui française, puissent se permettre de refuser la visite d'un ministre de la république. Envoyer paître une visite officielle de Nicolas Sarkozy: voilà un aspect positif que la métropole ferait bien d'imiter. Voilà une France dont on peut être fier qui nous grandis et nous honore. Autant d'aspects positifs
de la présence française Outre-Mer. L'Histoire ne peut
juger ni être jugée mais si on lui demande d'édicter
des aspects positifs et négatifs selon les normes sociales
actuelles et les idéologies présentes, alors c'est la
décolonisation, émancipation et libération des
peuples (par eux mêmes) qui deviendra l'aspect positif de la
présence française outre-mer. La colonisation, fondée
sur des principes de supériorité raciale, ne pourra
être que condamnée comme un crime contre l'humanité... |