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présence française outre-mer

La victoire de l' histoire

Le conseil d'Etat a signé, mardi 31 décembre, l'arrêt de mort de l'article 4 (alinéa 2) de la loi du 23 février 2005 sur les rapatriés.

Ce fameux article extrêmement litigieux prévoyait d'imposer les dispositions suivantes:
" Les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord, et accordent à l'histoire et aux sacrifices des combattants de l'armée française issus de ces territoires la place éminente à laquelle ils ont droit."

Si on doit mesurer le rôle positif de la présence française outre-mer à l'état actuel de l'Algérie, on comprend que certains trouvent le terme "positif" mal choisi...

Mais à défaut d'être stupide, mal choisi, inutile, totalitaire et scandaleux, cet alinéa a eu le mérite de faire beaucoup réfléchir sur le rôle de l'histoire et la place de la mémoire dans la société

"L'histoire n'appartiens pas aux historiens"

C'est la position d'Arno Klarsfeld dans son rapport à l'UMP sur La loi, l’histoire et le devoir de mémoire.
Me Klarsfeld estime, en effet, que les lois mémorielles (la loi de 1990 réprimant le négationnisme, la loi de 2001 reconnaissant le génocide arménien et la loi de 2001 proclamant que la traite des Noirs et l'esclavage constituent un crime contre l'humanité ainsi que celle de 2005 sur la colonisation) sont normales dans un pays démocratique.

Sa position (d'avocat) se tient: il cite, dans son rapport, de nombreux exemples de lois sur la mémoire. Reconnaissance par un Etat de certains aspects peu glorieux de son histoire, commémoration nationale, journée honorifique de tel ou tel évènement, monuments commémoratifs etc.

Pour Arno Klarsfeld, c'est au politique (aussi) de dire la mémoire de la nation et tous les exemples qu'il cite vont dans ce sens.

Mais Me Klarsfeld se trompe. Il a confondu mémoire et histoire et surtout, politique et juridique.
C'est une chose que les politiques disent la mémoire, c'est tout autre chose que la loi écrive l'histoire.

Réponse aux historiens

Le rapport remis à l'UMP répondait, en fait, à une pétition de 19 historiens (véritablement reconnus et non auto-proclamés comme s'est permis de le dire le ministre délégué aux anciens combattants Hamlaoui Mekachera)

Cette pétition réclame l'abrogation des lois mémorielles sans exception: celles sur l'esclavage, sur le négationnisme et sur le rôle positif de la colonisation.

Me Klarsfeld répond aux signataires qu' "[ils] estiment qu’il appartient aux seuls historiens « d’écrire l’histoire » Les historiens n’écrivent pas l’histoire, les hommes, les peuples font l’histoire; les historiens se contentent d’écrire sur l’histoire."
Mais Me Klarsfeld a mal lu la pétition. Nulle part dans le texte (ni dans leurs esprits) les historiens se sont arrogés le droit d'écrire l'histoire. L'avocat pense que les historiens "écrivent sur l'histoire" c'est encore une erreur. L'écriture de l'histoire est une science dérivée de l'histoire qui s'appelle l'historiographie. Si cette science est indispensable aux historiens, elle ne constitue en aucun cas l'essence de leur travail.

Non Me Klarsfeld, les historiens étudient l'histoire. C'est leur science, leur objet scientifique. Les hommes l'écrivent et certains parmi eux, la font. L'histoire est une science et c'est celà que Me Klarsfeld ne comprend pas (car ce n'est pas la sienne).

La mémoire de la Nation n'est pas l'histoire. Si la Nation éprouve le besoin de faire ressortir certaines mémoires enfouies grâce à des lois mémorielles, la loi du 23 février sur le rôle positif de la présence française outre-mer, elle, est d'une autre nature.
Cette loi impose à l'enseignement (et donc à la recherche puisque l'enseignement d'aujourd'hui orientera inévitablement la recherche futur) une orientation particulière et, de fait, impossible.

Ni l'histoire, ni les historiens ne peuvent dire clairement qu'un phénomène tel que la colonisation est (ou a été) positif ou négatif. Arno Klarsfeld n'a pas tort quand il dit que ce sont les hommes qui font l'histoire, on souhaiterai juste qu'il aille au fond de son idée: que la loi, alors définisse si la présence humaine et son action au cours des siècles est positive ou négative.
Que l'assemblée nomme une commission mixte de députés sur ce thème et ponde un rapport en trois exemplaire: 2006 pages pour les chrétiens, 576 pour les musulmans, 5766 pour les juifs...

Quand on connait la complexité d'un individu, d'un seul, comment jugé l'action d'une multitude? Comment juger l'infinité d'intérêts qui a donné naissance à un seul évènement et l'infinité d'évènements qui ont constitué la colonisation.
Demandez à un hsitorien de vous dire ce qu'il pense du racisme, il vous dira qu'il condamne. Demandez lui de vous dire ce que c'est, il vous dira comment l'idée à pris naissance, comment elle a évolué, influé sur les évènements, engendré des faits et des politiques, bâtit des Nations, déclaré des guerres et des révolutions, fait naître des classes et des marchés...

Me Klarsfeld, confondant histoire et mémoire, voudrait donner des lois à l'histoire, permettez que l'histoire lui donne une loi: on ne juge pas! On ne peu condamner que notre présent, notre mémoire peut se piquer de conscience mais l'histoire, elle, ne juge rien ni personne, jamais. Elle se demande pourquoi et comment sur une base purement scientifique. Les historiens sont des chercheurs, ils n'ont pas d'éprouvettes, ils ont des documents, des sources, ce sont des scientifiques.
L'histoire n'a jamais jugé la loi, au nom de quoi la loi se permet de juger l'histoire?

Une règle aussi, pour Me Klarsfeld: une époque n'a pas à en juger une autre. On ne se permet pas de juger l'époque ancienne avec nos lois: que dire si le Texas se permettais de condamner les mignons de César avec ses lois anti-sodomie? On ne peut pas juger les sociétés passés en fonction des normes sociales de notre époque: le procès n'est pas équitable. Qui sera parti-civile? Et surtout qui fera la défense?
Les journaux de l'époque, les hommes politiques, les conférences internationales ont déjà jugés la colonisation. C'est trop tard maintenant, il fallait hurler avant et certains l'ont fait. La colonisation a été condamné et glorifié en son temps et avec les arguments de l'époque et ils étaient bien différents de ceux d'aujourd'hui. La colonisation fut lancée par de grands humanistes socialiste: Ferry et Gambetta et leur argument principal (affiché) du partage de l'Afrique (conférence de Berlin, 26 fevrier 1885) était la lutte contre l'esclavage! Ces hommes ont voulu (ou plutôt ont dis vouloir) lutter pour l'émancipation des peuples.

Pour que des peuples non-civilisés accèdent à la civilisation (et que la civilisation accède aux matières premières): le principe le plus humaniste découlait de l'idéologie la plus raciste: la supériorité d'un homme sur un autre.

Intervention des historiens dans la politique

La pétition réclamant l'abrogation des lois mémorielles peut sembler surprenante. Pourquoi un historien voudrait il abroger le fait qu'on considère l'esclavage comme un crime contre l'humanité ou les propos de négationnisme comme un délit pénal?

Tout simplement parce qu'ils en sont victime: En vertu de la «loi Taubira», l'historien spécialiste de l'esclavage, Olivier Petré-Grenouilleau, est actuellement poursuivi pour avoir déclaré le 12 juin dernier dans le Journal du dimanche que l'esclavage est «un phénomène qui s'est étendu sur treize siècles et cinq continents» et que «les traites négrières ne sont pas des génocides», car «la traite n'avait pas pour but d'exterminer un peuple».

Ce n'est peut être pas du goût de tout le monde mais la plus stricte vérité est que l'esclavage était un commerce. Il n'est pas assimilable à un génocide où des hommes prétendent éliminer des sous-hommes: les esclaves n'était pas des hommes même pas des sous-hommes mais une marchandise génératrice de profit.

L'esclavage, en lui même n'est pas un crime contre l'humanité. Si le fait de considérer un homme comme une marchandise peut, lui, être considéré comme un crime contre l'humanité, l'esclavage n'est que sa traduction capitaliste.
Et pourquoi pas, après tout, ne pas juger le capitalisme. C'est au nom du profit qu'on a commis ce crime. C'est au nom du profit qu'on a considéré l'homme comme une marchandise. C'est grâce aux bénéfices que tout le monde a trouvé ça parfaitement normal. Capitalisme et racisme se sont parfaitement associés dans la traite négrière, pourquoi juger l'histoire plutôt que ces deux là?

Et pourquoi la loi ne considère-t-elle pas, aussi, que le commerce des armes est un crime contre l'humanité? (ici, un lien pour un aperçu de la notion de crime contre l'humanité)

Les associations qui portent plainte ont commis un précédent très grave. Elles utilisent le droit pour détourner la science. Elles attaquent en justice les travaux d'un chercheur. Le plus grave serait que ce chercheur soit condamné. Il faudrait alors condamner tous les juges ayant mal jugé (comme le juge Burgeaud) mais aussi tous les médecins ayant fait des erreurs de diagnostique, tous les scientifiques ayant été remis en cause dans leurs travaux, tous les journalistes ayant publié des informations erronées, tous les musiciens ayant joué des mélodies un peu trop douces face à la réalité du monde, et enfin (et surtout) tous les Etats, présent ou passé, ayant utilisé la propagande.
Après tout, si ces associations considère que cet historien ment, qu'elle le prouvent avec des documents mais si elles considèrent que le mensonge est un crime contre l'humanité, qu'elles traduisent en justice tous les menteurs du monde.

La loi est mal faite

La loi Taubira montre son erreur. Elle introduit une nouvelle notion au "crime contre l'humanité": celle de l'esclavage. Cette notion, qui auparavant ne s'appliquait qu'aux génocides, introduit l'idée que l'esclavage était un génocide ce qui est faux.

L'esclavage est un crime DE l'humanité et non contre elle. Les négriers n'ont commis aucun crime contre l'humanité puisque les esclaves n'étaient pas des humains. La religion considérait qu'ils n'avaient pas d'âme. Aujourd'hui, chez Delarue, certains portent le deuil de leur caniche pendant plusieurs années mais à l'époque, un noir n'était pas un être humain. Ce n'est pas un ignoble mensonge, c'est un fait: ces hommes qui ont fait l'histoire pensaient comme ça autant par intérêt que parce qu'une autorité supérieur, Dieu, leur a dit que c'était vrai. Ca n'excuse rien, ça explique.

Que la loi condamne l'esclavage actuel (car il existe), les génocides (car ils existent encore) et les crimes contre l'humanité qui se commettent tous les jours mais comment peut-elle se permettre de condamner et même de juger, un historien qui explique et qui raconte. Une loi qui jugerait les acteurs à titre posthume, bien que profondément débile, serait, elle, bien écrite. Mais si une loi peut juger l'histoire, alors l'histoire jugera la loi et c'est exactement le sens de la pétition qu'ont signé les historiens.

Que la loi s'applique aux dérives médiatiques et politiques, qu'elle condamne ceux qui glorifient l'esclavage et qui nient la shoah mais pas les historiens.
Mais si la loi ne s'applique pas également à tous, si nous ne sommes plus tous égaux devant la loi, alors la loi est mal faite.

L'Histoire est mal faite

Faite par des hommes, l'Histoire est mal faite. Elle est faite de crimes, de guerres, d'horreurs, de sang, de purges, de camps, de réfugiés, de noirs, de blancs, d'arabes et de juifs qui, tous, sans exception, y ont trempé.

Les hommes étant des mortels, l'Histoire est le plus grand génocide de l'humanité. Sans aucune distinction de races ou de religion, l'Histoire à tué, fait tué ou regardé mourir sans ciller des milliards de personnes au cours des siècles. Elle a préservé la mémoire de tyrans sanguinaires et de pauvres fonctionnaires, des plus glorieuses armées et de champs de batailles couverts de cadavres.

L'Histoire est mal faite, jugeons les auteurs du crime et non le crime lui même. Si la loi veut se permettre de juger l'Histoire et les historiens, alors la loi se doit de définir juridiquement ce qu'est l'Histoire. Elle se doit de porter au niveau légal les lois et les règles scientifiques qui régissent l'Histoire: son étude et son enseignement.
Les députés se doivent de ratifier une loi considérant que l'Histoire ne juge pas les hommes et qu'une époque ne peut en juger une autre. La loi doit dès maintenant définir les notions de crimes contre l'Histoire car porter les travaux d'un historien devant les tribunaux est un crime non pas DE l'Histoire mais bel et bien contre Elle.

Les historiens se sont faits avoir

Ils se sont faits avoir sur la loi du 23 février 2005. Ils ont joué le jeu: le droit et la politique se permettant de demander (d'ordonner en fait) qu'on parle des aspects positifs de la présence française, ils se sont permis d'entrer politiquement dans un débat juridique et politique qui n'est pas le leur.

Car les historiens disposent d'une arme bien plus puissante que toute loi ou tout discours politique: l'Histoire elle même. Ils auraient dû courber l'échine, accepter la loi, laisser le débat aux politiques et aux avocats mais au final, c'est à eux que reviendra l'ultime définition des "aspects positifs" de la présence française Outre-Mer.

Certes, le législateur imaginait les écoles, les hôpitaux, le développement du pays etc. mais ça, ce n'est pas l'Histoire, c'est un vieux discours de propagande coloniale. Pour l'Histoire, il n'y a pas de positif et de négatif, elle se situe donc toujours hors de la loi.

Les historiens pourraient librement définir les aspects positifs historique de la présence française: l'émancipation des peuples par les guerres d'indépendance, la mixité de la France à l'heure actuelle, la découverte que ces bêtes sans âmes étaient en fait des hommes (puisqu'ils nous ont mis dehors avec les fusils qu'on leur a vendus); le rayonnement mondial de la France et le fait que ses anciennes colonies hurlent aujourd'hui quand elle promulgue des lois idiotes. Le fait que ces anciennes colonies, aujourd'hui française, puissent se permettre de refuser la visite d'un ministre de la république. Envoyer paître une visite officielle de Nicolas Sarkozy: voilà un aspect positif que la métropole ferait bien d'imiter. Voilà une France dont on peut être fier qui nous grandis et nous honore.

Autant d'aspects positifs de la présence française Outre-Mer. L'Histoire ne peut juger ni être jugée mais si on lui demande d'édicter des aspects positifs et négatifs selon les normes sociales actuelles et les idéologies présentes, alors c'est la décolonisation, émancipation et libération des peuples (par eux mêmes) qui deviendra l'aspect positif de la présence française outre-mer. La colonisation, fondée sur des principes de supériorité raciale, ne pourra être que condamnée comme un crime contre l'humanité...

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