Le Cépéheu
déchaîne les passions depuis deux semaines: mobilisation
étudiante, mobilisation lycéenne, manifestations, blocages
de facs et de lycées...
Même
la Sorbonne a eu droit à des saccages: occupation, lançé
de pavés, affrontements entre les étudiants, les flics
et l'extrême droite. On sent un vent... Joli moi de mars en
perspéctive...
Quelle mobilisation, quelle énergie, débordante de la
jeunesse, et contestation magnifique dans les bourgeons pas encore
en fleur: des grands lycéens, des petits étudiants et
le soleil d'un joli moi de mars.
Du pavé, du flic, lacrymo, fachos, rangeos, et sorbonne occupée...
On se croirait presqu'en 68
Il reste donc environ 2 mois au mouvement pour trouver une cause crédible.
Le nerf de la guerre
C'est l'argent, on connaît. Pour le nerf de la révolution,
ça serait plutôt la Cause.
Et là, il faut bien l'avouer, la cause est désépérément
minable.
Autant la crise des banlieues de novembre était une mobilisation
débile pour une vraie cause, autant là, c'est une vraie
mobilisation pour une cause débile. Si tristement plate...
Le Cépéheu... Contestation Pathologique Endémique
et ç'en est presque écoeurant de voir une mobilisation
aussi belle et spontanée sur un débat aussi pauvre.
C'est quoi le Cépéheu?
C'est l'institution de la précarité pour les jeunes.
Un cadeau aux patronat, légalise l'exploitation du stagiaire,
Génération Précarité, on peut se faire
virer pendant deux ans et sans raisons encore, le Cépéheu
empêchera les jeunes d'avoir un logement ou un prêt.
C'est une solution, pas forcément la meilleur mais, au moins
une tentative de mettre fin à la précarité des
jeunes. Il faut essayer les solutions avant de les contester. Le Cépéheu
introduit de la souplesse et de l'efficacité dans un marché
du travail morose et qui toussotte.
L'absurdité du débat réside dans le fait que
tous les arguments sont vrais et que le contrat n'a aucun intéret.
le Cépéheu (en
détail par l'express), en lui même n'est malheuresement
ni une bonne mesure, ni une mauvaise.
Oui la période d'éssai dure deux ans mais il y a accès
à la DIF (Droit
à la formation Individuelle) au bout d'un mois seulement
(contre un an pour les autres contrats)
Oui les stages seront obligatoirement rémunérés
mais l'obligation n'apparaît qu'au 4eme mois de stage (ce qui
ne change donc absolument rien sur la question des stages. Villepin
s'ammuse à rendre obligatoire une pratique existante).
Une mesurette sans intérêt pondue par la droite et qui
ne fait que donner un cadre à ce qui existe déjà.
L'autre absurdité
C'est la faiblesse de mobilisation
pour.
Villepin
n'a aucun argument à part du "passer en force ça
montrera notre détermination face au problème du chomage"
Le MEDEF soutient
du bout de la langue, c'est sur que le coup de se payer un jeune
en pouvant le renvoyer pendant deux ans sans raisons ça séduit...
Mais pas tant que ça, en fait. c'est un bon cadeau aux grosses
entreprises mais les PME n'ont pas forcément la même
logique.
Ca complique un peu plus le code du travail, c'est donc du boulot
en plus pour un petit patron qui n'a pas un service de ressources
humaines de 40 personnes. Ce n'est pas non plus forcément plus
interessant qu'un CDD. Virer les gens sans raison c'est très
gentil mais une PME qui cherche un employé (et trouver des
compétences n'est pas si facile que ça) emploit un jeune,
le forme, et l'introduit dans son entreprise n'a pas forcément
envie de recommencer ça tout les deux ans.
Compliquer
encore le code du travail n'incite pas non plus les jeunes entrepreneurs
à se lancer dans l'aventure.
Quand aux banques, elles ont promis qu'elle ne feraient pas de "prêts
Cépéheu" à taux prohibitif. Et on sait ce
que vaut la parole d'une banque.
Il se croyait à Arcole mais il était à
Waterloo
Le GPS du premier ministre a disjoncté
Le Cépéheu
c'est son bébé. Telle une maman ours protegeant son
petit, il ne veut surtout pas le faire passer ni à l'assemblée,
ni devant les syndicats.
C'est donc tout crispé sur le sujet qu'il affronte la fougue
toujours aussi virulente de François Hollande: "Votre
intervention télévisée devait calmer les esprits,
elle a déclenché la colère. Rien n'a changé
(...) Vos petites ouvertures sont apparues comme des fermetures. Vous
prenez le risque d'ouvrir un conflit long et lourd." On
sent bien que la gauche a envie de s'engager.
La
droite elle, commence à trouver que Villepin est un peu trop
constipé. Soutient général oui mais c'est
quand même ennuyeux de tous devoir aller dans le mur juste à
cause d'un seul. Après les cents jours on voit poindre une
morne plaine et la garde se rend mais surtout ne meurt pas, merde
quoi, Sarkozy n'est pas Cambronne...
Et merde encore, plutot que de se rendre avant de mourir, la garde
préfère encore se tirer une balle dans le pied avant
de se rendre: "Solidarité avec le gouvernement et
lucidité sur la situation politique. Unité sans crispation,
fermeté sans rigidité" art admirable de la
réthorique qui permet d'exprimer une chose et son contraire
en une même phrase.
L'autre se croyait sur le
pont d'Arcole "nous allons gagner la bataille pour l'emploi
en avançant avec unité, détermination et volonté."
Il a été applaudi"comme Juppé en 95"
ironise le député UMP d'Indre-et-Loire, Hervé
Novelli.
"Force est de constater que ce qui peut nuire au numéro
1 pourrait nuire au numéro 2, note Nadine Morano (Meurthe-et-Moselle).
Nous sommes tous dans le même bateau, il faut ramer ensemble."
Rame, rame petite sarkozienne.
Les sarkoziens adorent ramer en faisant des trous dans le bateau.
La contestation est
politique!
Pire, elle
serait même de gauche.
Etonnement de Nadine Morano:
"Moi, j'ai regardé les défilés dans
ma circonscription et j'ai noté qu'il y avait des militants
socialistes", elle croit savoir que "l'Unef est
proche du PS..."
C'est fou ce monde quand même. L'Unef... on aurait pourtant
jamais cru ça
Bernard Accoyer, président du groupe parlementaire UMP, réalise
tout juste que les manifestations sont organisé par "des
syndicats très politisés et minoritaires"
De mémoire de parlementaire de droite c'est bien la première
fois qu'on entend parler de syndicats politisés organisant
des manifestations.
Quand à Villepin,
il dénonce les "encagoulés d'extrême
gauche qui infiltrent les assemblées générales"
Incroyable. Ainsi, il y aurait bien des gens d'extrème gauche
qui infiltrent les assemblées générales. Le phénomène
est tellement nouveau qu'il faut absolument leur mettre des cagoules
sur la tête (question de mode).
A croire que la gauche
est tellement inéxistante qu'on croyait vraiment que ça
n'éxistait plus.
Dans le lot, cependant,
seul l'entourage de Sarkozy, ministre de l'intérieur relève
que "La LCR et le syndicat SUD sont présents, mais
comme chaque fois, ni plus ni moins." Quel bout en train
ce Nicolas, il se garde pour lui tous les rapports des RG.
A u passage pour nos lecteurs journalistes, il serait grand temps
de nous pondre un petit Watergate à la française histoire
de soigner l'espionnite du ministre de l'Intérieur avant 2007.
Les jeunes en ont
simplement marre de la droite
Phénomène tout neuf donc, la contestation politique.
En réalité, le mouvement relève plus de l'exaspération
que d'une réelle hostilité au Cépéheu.
C'est amusant mais on a
beau leur dire depuis le 21 avril, les politiques ne comprennent toujours
pas.
Rebelotte au référundum du 29 mai, émeutes en
novembre, saccage à la Sorbonne... Ca ne rentre toujours pas.
Il n'y a plus d'avenir
dans ce pays, le Cépéheu est un symptome, les jeunes
contestent en réalité l'avenir politique. Sarko? Ségolène?
Le Pen? Quoi, Dieudonné?
Et bien non, la rue. Sous les pavés la plage, On ne revendique
rien, on ne demande rien. On prend et on occupe. Eléction piège
à cons: les murs ont la parole et nous serons tous des juifs
allemands.
L'allumette a beau être
pourrie, le feu prend quand même: On aura beau essayer de nous
étouffer avec les débats politiques les plus minables,
les mesures les plus ridicules et les lois les plus inutiles, la France
restera fidèle à ses barricades.