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L'armée américaine n'en finit plus de baver...

 

Coup sur coup, c'est deux présomptions de bavures qui viennent entacher la grande oeuvre démocratique des Américains en Irak. Présomptions, bien sur, on n'est coupable que lorsqu'on a été déclaré coupable... ou qu'on est mort. En l'occurrence, les civils irakiens sont inévitablement coupables (puisque morts.)

On ne sait plus très bien où on en est d'ailleurs, dans cette région bizarre... Une guerre, en principe, c'est censé faire des morts, c'est une base, alors de quoi se plaint-t-on?

Les soldats américains, trouvant anormal de mourir en pleine guerre, ont décidés de répliquer. Incapable de comprendre pourquoi on leur tire dessus alors qu'ils offrent aux populations, le sourire au lèvre, des chewing-gums et du coca cola, les boys ont finalement atteint ce stade de la paranoïa où l'homme devient cliniquement dangereux.

Au lieu de les faire rentrer au pays, où ils garderont leurs cauchemars et leurs traumatismes toute leur vie, où chaque nuit ils se réveilleront en sueurs avec aux oreilles les cris de leurs camarades tombés par une attaque surprise et, dans les paupières, le visages de tous leurs meurtres, on leur met des M-16 entre les mains et on les fait patrouiller dans les champs de mines.

Une histoire banale

Toujours la même en fait, dans les deux cas.

Haditha: c'était en novembre dernier, 23 civils irakiens mouraient dans l'explosion d'un engin explosif. Mais un "trouble" envahis l'esprit du président Bush quand il apprend que les 23 civils ont tous une balle dans la tête.
En fait, une patrouille américaine passait par là ce jour là et a été la cible d'une attaque qui tue un sous-officier. Après, le caporal James Crossan qui faisait partie de la patrouille ne se souvient plus. Il était inconscient...
Même dans cet état, sa version est d'un sincérité touchante: "On ne sait jamais qui sont les méchants. On a trouvé la majorité d'entre eux et on s'en est débarrassé, mais le coin est plein d'insurgés", a expliqué ce marine sur CNN. "Je ne sais pas ce qui s'est passé. Mais ils ont pu avoir peur, ou alors ils étaient seulement en colère, vraiment en rage, et ils l'ont fait (...). Après avoir vu tant de morts et de destruction, assez rapidement, on devient insensible et on n'y pense plus vraiment"

Vicieux ces méchants. Ils vont jusqu'à se planquer dans des maisons, tirer par surprise, cacher des armes dans les caves... Et en plus ils nous tuent, c'est proprement scandaleux. On a de quoi être en colère quand même.

Troublé, le président américain a annoncé une enquête et que "ceux qui ont enfreint la loi, si la loi a été enfreinte, seront punis". Mais dans la guerre contre le terrorisme, la loi n'existe plus. Ce n'est pas une armée, ce n'est pas une guerre déclarée, ni rien de ce genre. On n'a donc pas à appliquer aucune convention ou loi régissant habituellement la guerre: les terroristes sont des sous-hommes, on tue.
Quand même, histoire de rester propre, on annonce des "cours de morale militaire"

Et la deuxième

Cours qui n'ont apparamment pas servi à grand chose. Le 15 mars dernier, des soldats américains mènent une action antiterroriste et tuent les 11 membres d'une maison à Ishaki.

Version officielle: "A leur arrivée, les soldats ont été la cible de tirs directs depuis un bâtiment. Le commandant sur le terrain a ordonné de riposter puis a demandé un soutien aérien, qui a éliminé la menace. Les corps de Abou Ahmed et de trois non-combattants ont été retrouvés. L'enquête a conclu à la possibilité que jusqu'à neuf personnes ont pu être tuées dans des dommages collatéraux"

Mais une vidéo de la BBC (âmes sensibles s'abstenir) relate la version de la policie iraquienne: les soldats sont entrés, ont tirés partout comme des malades et tous les habitants de la maison ont une balle dans le crâne.

Les cours de morale militaire ont quand même servi à quelque chose: on a ordonné un raid aérien histoire de couvrir le massacre. Ainsi, ce ne sont même pas les bombes qui ont tuer les occupants mais la maison en s'écroulant. Dommage pour le collatéral. Ennuyeux quand même ces bombes qui n'effacent pas les traces de balles dans la maison et sur les cadavres. Si seulement les balles arrêtaient de faire des trous comme ça tout le temps.

Manque de finesse

L'armée américaine manque dramatiquement de pratique dans la conduite de ses exactions. Ils apprennent petit à petit mais sont encore très loin d'atteindre le niveau de Tsahal.

C'est une question de discipline. Là, on rapporte soigneusement au supérieur qu'un gamin a lancé une pierre sur un char et qu'une roquette est partie de telle maison. Le supérieur fait son rapport et on décide de raser à coup d'obus l'école du gamin et le pâté de maison d'où est parti la roquette. On évite de trop cibler, au cas où le terroriste survivrait, une autre roquette pourrait justifier qu'on rase un autre bloc.

Ici, par contre, on sent que les soldats ont du mal à obéir aux ordres. Ils se font attaquer, meurent bêtement, et décident ensuite de leur propre chef des suites à donner à l'affaire. En l'occurrence, tuer tout le monde par balle. Ce n'est qu'ensuite que les supérieurs décident du raid aérien pour couvrir un peu les dégâts.

Deux écoles

C'est en fait deux écoles de philosophie militaire qui s'affrontent.

Tsahal, c'est une armée de conscrit. Toute la jeunesse israélienne y passe deux ans pour les filles, trois pour les garçons... On ne peut pas trop se permettre de sacrifier l'esprit de toutes ces générations alors on adapte un peu la guerre contre le terrorisme. On la fait de loin, à coup de frappes ciblées, de renseignements etc.
On essaye d'éviter d'envoyer des pauvres bougres patrouiller seul dans des coins chaud. En face, les terroristes aussi se sont adaptés. Ils tuent des civils et des colons. Les seuls à s'attaquer véritablement à l'armée sont les enfants qui lancent des pierres contre les chars.

L'Amérique, elle, a une armée professionnelle. Pour augmenter le contingent, on va recruter dans les quartiers pauvres, on promet de payer l'université, on se garde bien d'expliquer que la guerre, là bas, la vraie, n'a rien a voir avec les films. Pas de méchants terroristes, l'écume au lèvre, ni de vaillants GI's combattant pour leur pays: juste des hommes et l'enfer.

Le comportement des GI's est symptomatique. On pourrait presque les excuser, d'une certaine manière. Non pas parce qu'ils "ont le droit d'être en colère" ou celui de tuer des gens sans regarder mais plutôt parce que ce comportement est un appel au secours.

Massacrer toute une famille à l'arme automatique est très différent de lancer une bombe sur une maison et regarder l'explosion de loin. Ces hommes n'ont aucune chance de s'en remettre jamais, leur vie est foutue. Nul ne peut échapper à sa conscience après avoir mené ce genre d'exactions. Les Nazis avaient une bonne excuse: ils obéissaient aux ordres, pas les soldats américains.

Il est primordial, lorsqu'une armée commet des exactions, de respecter la discipline. Un ordre venant clairement d'en haut permet à l'esprit humain d'avoir une porte de sortie. Lorsque l'ordre est officieux, comme dans le cas de la torture en Algérie, les appelés ont beaucoup de mal à s'en remettre. Et lorsqu'il n'existe pas, comme en Irak, on peut librement imaginer que c'est leur vie entière qu'ils ont sacrifiée.

Et ils l'ont fait pour une raison essentielle: faites nous rentrer chez nous. Ces massacres ont pour but (complètement inconscient) de discréditer l'armée américaine en Irak. De montrer au monde et aux médias l'horreur de cette guerre. Montrer qu'ils tuent des femmes et des enfants, des civils, qu'ils deviennent fous à force de mourir par surprise, sans ennemis, ni sans cause. Leur comportement signifie clairement: vous avez fait de nous des tueurs, vous nous avez envoyé ici mourir comme des chiens dans des blindés pour rien, nous allons tuer des enfants car c'est ce qu'on a dans la tête. Nous allons appliquer la réalité froidement jusqu'à ce que vous arrêtiez le massacre, nous ne pouvons rien faire de plus en Irak que mourir et tuer des civils, nous allons le faire jusqu'à saturation.

C'est donc par l'action de ces GI's, qui, au sacrifice de leur vie, vont courageusement vider leurs M-16 dans des bébés de 6 mois que cette guerre immonde, un jour, pourra s'arrêter.

Bienvenu dans le XXIeme siècle...

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