On est rentrés de vacances... Dimanche 25 juin, des activistes armés palestiniens ont attaqués un poste frontière israélien et ont kidnappés un jeune caporal israélien de 19 ans. C'est très ennuyeux. Principalement parce que l'Etat hébreux est toujours très mal à l'aise avec une prise d'otage. Comme le note le Jerusalem post, "la nation peut supporter la mort de soldats, mais pas le sort incertain d'un soldat capturé". Alors qu'est-ce qu'on fait? Innovation dans les méthodes d'attaque palestiniennes, innovation aussi coté israélien: pour la première fois depuis 1967 on en viendrait presque à respecter l'ONU et à chercher la voie de la négociation diplomatique pour libérer l'otage. En tout cas, on fait au moins semblant. Bien entendu, avant de repasser aux méthodes traditionelles une fois que l'otage sera enfin mort (ou libéré). Mais que se passe-t-il? Prendre une patrouille d'assaut et capturer un soldat en otage est un phénomène nouveau dans l'intifada. D'habitude, on lance une roquette sur une maison, et on se planque en attendant que les bombes "ciblés" tombent sur la vile populace qui nous abrite, puis on ressort tout rose en hurlant à la mort de l'ennemi sioniste qui s'en prend aux civils innocents. Attaquer Tsahal de front ça ne se fait pas, donc qu'est-ce qui leur prend? Une hypothèse: certains activistes du Hamas (car c'est bien lui qui est à l'origine de l'attaque) viennent de rentrer de vacances. Une villégiature d'un ou deux ans en Irak et ils reviennent avec tout pleins de souvenirs, de méthodes, d'experience, de techniques... En colo, ils ont fait des activités: fabriquation de mortier, attaques de patrouilles, détention d'otages... Ils ont appris à attaquer un char d'assault et donc, ils mettent en pratique. C'est bête, le Hamas, en envoyant certains activistes prendre des leçons de guerilla en Irak ne pouvait pas s'imaginer une seconde à l'époque qu'ils reviendraient les mettre en application dans une Palestine... gouvernée par le Hamas. Le plus inquiétant c'est que tout les pays arabes alentours ont des activistes qui ont été passer leurs vacances en Irak. Si ceux-ci commencent à rentrer en Palestine, on peut imaginer que ceux-là rentreront bientôt et apprendront à leurs amis le sens de la démocratie à l'irakienne. hmm, on va se régaler... Mais qu'est-ce qu'on fait? C'est la question clé que se posent les dirigeants israéliens a cet instant précis. Il existe au sein de l'armée israélienne une directive spéciale pour ce genre de cas de figure: "Nohal Hannibal". Cette directive prévoit, avec le tacte habituel que l'on connait à cette administration, qu'en cas de prise d'otage, on aille exploser la cachette en tuant tout le monde, sorte de méthode Poutine allégée. Bien entendu, celà implique que l'on considère l'otage comme mort, c'est facile à faire pour l'armée. Problème, en Israël, l'armée repose sur la conscription. Les soldats ont donc tous une bonne bouille d'innocents puisqu'ils ont entre 18 et 21 ans. Les véritables ordures qui font de ce pays un des pires de la planête ne sont pas ces pauvres gamins qu'on oblige à aller se battre mais bel et bien les cadres et politiques qui pondent les directives Hannibal. L'opinion publique, donc, a déjà commencée à prier le mur (non, pas la cloture, l'autre mur) pour que Dieu (encore...) sauve la vie de l'otage. On va donc aller chercher du coté de la diplomatie sans trop y croire, juste histoire de dire qu'on a fait tout ce qui était en notre pouvoir pour obtenir la libération de l'otage. De l'autre coté, plus classique, on masse des troupes à la frontière en prévenant que dès que l'otage sera libéré (ou mort) on ira massacrer plus gens qu'on ne le fait pour un tir de roquette. Avec ça, le soldat Shalit peut compter, de là où il est, sur le soutiens de ses camarades Diplomatie La diplomatie Israélienne a toujours un arrière gout de blague. La moins drôle, pour les palestiniens, était la signature en 1967 de la résolution 242 qui prévoyait, dans sa version française, le "retrait de tous les territoires occupés". Israël n'a jamais appliqué que la version anglaise du texte qui prévoit le retrait "des territoires occupés". Du coup, on a évacuer le Sinaï egyptien mais ni Gaza, ni la Cisjordanie... Encore mieux: les différentes résolutions de l'ONU, toute signées par Israël, placent Jerusalem sous statut international, l' Etat Hebreux n'a donc pour capital aux yeux de l'ONU que Tel Aviv, Jerusalem est occupée completement illégalement. Ca intéresse quelqu'un? Sur l'affaire de ce pauvre otage prisonnier de pourritures qui n'ont rien à envier à leur "ennemi sioniste", le diplomate israélien en poste à l'ONU affirme tenir pour responsable... Mahmoud Abbas, le président palestinien. Petite leçon de diplomatie pour le monsieur: Abbas est ton seul et unique interlocuteur crédible. Les vrais responsables sont le Hamas désormais au pouvoir, il n'est plus besoin de taper sur la tête d'Arafat (qui est mort) ou de son successeur qui a les mains liés. Tu peus (et tu doit) faire pression sur le Hamas qui est le seul a pouvoir libérer l'otage. Que l'ambassadeur israélien de l'ONU n'ait toujours pas changer de ligne diplomatique depuis que Sharon est mort et que le Hamas est au pouvoir, ça montre à quel point Israël respecte l'organisation internationale au point d'y envoyer des gens intelligents et compétents. La méthode diplomatique n'a jamais vraiment eu la préférence de l'Etat Hébreux. Après tout, quand on leur dit Shalom, ces barbares répondent Salam, on ne peut pas discuter avec ces gens là. On laisse quand même une petite chance au président Egyptien qui se démène pour arracher au Hamas une négociation sous condition, en annoncant le report d'une opération dans le nord de la bande de Gaza... pour vérifier si l'effort peut porter ses fruits. Mais en attendant on bombarde quand même le sud. L'autre méthode Comme disait un prussien bien connu (le Clau-Clau de l'époque), la guerre n'est que la continuation de la politique par d'autres moyens. On applique donc, l'autre méthode avec un scrupule nouveau: mercredi, jeudi, vendredi, les bombes pleuvent sur le sud de la bande de Gaza. Au regard de ce qui a brulé dans la région, on peut rendre hommage à l'humanité de Tsahal pour qui une vie d'un seul de ses soldats vaut (entre autres): -Le ministère de l'Intérieur
palestinien L'union Européenne et Condie Rice se disent "très inquiets". Les Etat-Unis ont demandés à Israël "la plus grande retenue dans la crise actuelle"... Un peu comme si Sarkozy demandait à des jeunes de banlieues en plein mois de novembre d'être gentils et bien sage... Un si grand respect démocratique Israël est une démocratie. Dans le principe. Dans les faits, l'Etat Hébreux n'a aucune constitution et on persiste à penser, au sein de notre équipe de rédaction, qu'un pays en état de guerre ne peut, de fait, être démocratique. Propagande, sécurité nationale, pleins pouvoirs, on a jamais vu, dans l'histoire, un pays en guerre avoir une vie parlementaire saine. Mais on peut toujours innover. Et puis de toute façon, ça intéresse quelq'un? Donc Israël est une démocratie, la seule du Proche Orient (dixit les Etats-Unis) et, à ce titre, Israël réspècte les autres démocraties, les élections, députés, parlements, opposition... Ainsi, Israël a arrêté
une vingtaine de députés du Hamas, élus du peuple,
un tiers du gouvernement palestinien et même bombardé des
ministères. Les Etats-Unis se disent très inquiets. On
peut les comprendre, eux qui exportent le modèle démocratique
en Irak à coups de bombe et d'invasion, s'inquiéter de
l'arrestation de députés et d'un gouvernement élu
par les urnes, ça donne un peu l'impression d'un deux poids,
deux mesures... De quel droit? De quel droit Israël, pour un seul de ses soldats, se permet-il d'emprisonner un gouvernement élu? Quel guerre a déjà vue, au cours de l'histoire, une telle disproportion? Un soldat contre 20 députés et un tiers du gouvernement, quelle genre calculs eugénistes nous ont pondus les dirigeants Israéliens? Un soldat, rappelons-le, c'est fait pour faire la guerre, et ça équivaut maintenant à la décapitation de tout le gouvernement de l'ennemi (qui, rappelons-le est le seul truc qui peut faire la paix)? Dans quel race de sous-hommes les dirigeants Israéliens sont allés classer les palestiniens? On avait même fini par s'habituer de voir des enfants contre des chars, des colons contre des écoles ou des roquettes artisanales contre un blocus et l'asphyxie économique mais là un seuil nouveau vient d'être atteint dans la folie. Est-ce
un calcul prémédité d'Ehoud Olmert qui serait
décidé, dans tous les cas, à éradiquer le
Hamas même élu et à imposer une paix unilatérale
au cadavre de l'Autorité Palestinienne? Avait-il prévu
de longue date l'arrestation du gouvernement palestinien? La glorieuse guerre
contre le terrorisme Mais avec le Hamas, que se passe-t-il? Le peuple a, cette fois-ci, réellement élu des terroristes. La propagande est devenu la réalité. Que fait Ehoud Olmert? Rien. Israël est paralysé depuis la lobotomie de Sharon. Rien n'a changé coté Israélien, aucune initiative nouvelle ni aucun changement de vue, adaptation aux nouvelles données du problèmes, on a l'impression que le seul cerveau politique isrélien était celui de Sharon. On en est donc là, obligés de négocier avec des vrais terroristes, cette fois, à exiger, pour préalable, que le Hamas reconnaisse Israël. Ca peut paraître normal, on ne peut pas négocier avec un ennemi qui ne reconnait pas notre existance. Et bien en fait c'est un paradoxe total. Pour la simple raison qu'Israël n'a jamais reconnu l'Autorité Palestinienne. Arafat était considéré comme un terroriste et emprisonné dans son QG jusqu'à la fin de sa vie. La seule base (qu'auraient dû exiger tous les acteurs diplomatiques) était une reconnaissance mutuelle des deux parties, cela n'a jamais été fait. Israël ne reconnait pas les palestiniens, ce ne sont que des terroristes. Jamais dit officiellement bien sur amis ça explose aujourd'hui avec l'arrestation des députés et le bombardement du ministère de l'intérieur qualifié par l'armée d'"endroit de rencontre pour la planification d'activité terroriste". On ne pense même pas à utiliser les députés comme monnaie d'échange: "Les arrestations de ces responsables du Hamas (...) entrent dans le cadre d'une campagne contre une organisation terroriste qui a intensifié sa guerre de terreur contre les civils israéliens" dixit le porte parole des Affaires Etrangères Israéliennes. D'un coté on a un
Hamas qui n'a absolument pas prévu la capture du petit caporal
et qui, face à l'énorme pression de Mahmoud Abbas, vient
de signer in extremis le document qui reconnaît Israël De
l'autre on a une armée d'occupation qui se permet d'arrêter
des ministres et des députés élus et de les faire
passer en jugement pour terrorisme à Jerusalem qu'ils occupent
illégalement depuis 30 ans... La gauche israélienne, aidée de certains journaux commence déjà à exprimer son opposition montrant qu'en Israël même, on commence a percevoir cette réaction comme de la folie furieuse. L'executif Israélien est désormais hors de tout contrôle et fait subir sa folie paranoïaque au peuple palestinien sans plus aucun semblant de respect ni pour les hommes, ni pour leurs institutions. Pas le droit d'avoir un pays, même pas un gouvernement ou une représentation nationale: les palestiniens sont destinés, dans l'esprit très ambigüe des dirigeants israéliens à n'être qu'un amas de groupuscules terroristes sombrant dans la guerre civile. C'est évidemment répugnant, le seul facteur encourageant est que désormais, cette politique immonde pratiquée depuis si longtemps saute aux yeux de tous. Les dirigeants israéliens passent enfin pour ce qu'ils sont: des ordures largement aussi immondes et fasciste que le Hamas. Pourvu que ça dure... |