
Joyeux anniversaire!
L'Iraq libre souffle cette
semaine ses trois bougies, c'est à fêter. Adieu dictature,
et good morning freedom, l'intervention américaine du 20 mars
2003 et l'occupation de la liberté dans le pays sont aujourd'hui
agées de trois ans: l'heure du bilan.
Les armes de destruction
massive ont disparues, l'horrible moustachu qui opprimait le pays
n'est plus qu'un viellard barbu et Al Quaeda qui, il y a trois ans,
se morfondait dans des grottes en Afghanistan dispose désormais
d'un gigantesque camp d'entrainement à sa disposition et réspire
l'air libre du flambeau libre de la libre démocratie régionale.
C'est même toute
la région qui respire cette "tempète du désert"
et vent de liberté: Israël, la pacifiste applique la feuille
de route, les palestiniens ont eu des élections libres et non
faussées, le Liban est souverain et indépendant en ses
frontières, la Syrie est démocratique et l'Iran aura
bientôt l'électricité.
Les terroristes plantent des fleurs, les militaires font des bébés,
les politiciens tiennent leur promesses et les mollahs sont des femmes
émancipées.
Happy birthday to
you mister president
"Je
suis optimiste, nous allons réussir" jugeait
le président américain pour l'occasion
Ah bon? Il nous semblait pourtant que c'était
déjà réussi. Enfin on croyait que c'était
une victoire, que Saddam était vaincu, que l'Irak était
libre et tout... Et voilà que trois ans après, on parle
encore au futur.
"I'm going to say it again: if I didn't believe we could
succeed, I wouldn't be there" déclarait-il
aux journalistes avant de nuancer: "I wouldn't put those
kids there." Précision necessaire.
Cette conférence de presse fait partie d'un grand plan de communication
de la maison blanche déstiné à convaincre l'opinion
américaine qu'il y a du bon en Irak et qu'on ne voit à
la télévision que des bains de sang non-représentatif
de la réalité sur le terrain. La faute à la presse
en somme qui oublie de montrer des Irakiens souriants et libres (alors
qu'il y en a pleins à Hollywood).
Et
ça pédale à Washington, ça sue du
think tank pour trouver des arguments mais rien ne sort. Optimisme
affiché, du "nous allons réussir",
"j'y crois", "je lis les rapports toutes
les nuits mais je crois dans le peuple irakien. C'est un moment où
les Irakiens avaient une chance de s'éffondrer, ils ne l'ont
pas fait, c'est une évolution positive."
Quand on répète une phrase cent fois dans sa tête
elle finit par devenir vrai. C'est écrit quelque part dans
la bible ou dans la méthode Coué.
"Pourquoi
avez-vous vraiment voulu cette guerre depuis votre entrée à
la Maison-Blanche ?" C'est ainsi aux Etats-Unis: on se souvient
des discours électoraux 6 ans après les avoir entendus.
Plus traditionel, le président qui nie les promesses électorales
de son premier mandat "C'est faux, (...) Je ne voulais pas
aller en guerre."
On ne voulait pas aller en guerre, l'évolution sur place est
positive et surtout, SURTOUT, ce n'est pas la guerre civile...
"Il est malheureux que nous soyons en guerre civile"
Non! On
est pas en guerre civile. Tout au plus quelques insurgés
essayent de "fomenter un conflit civil", assure
Dick Cheney, "Mais je ne crois pas qu'ils y parviendront."
Et puis comment s'y prendraient-ils d'ailleurs? Ils formeraient des
milices sunnites contre des milices shiites? Des Sunnites iraient
faire exploser des bombes dans des mosquées chiites et des
milices chiites répondraient par des executions et des assassinats?
Non! "nous ne permettrons pas qu'une guerre civile se développe",
a martelé John Reid, le ministre de Tony Blair. Ca ne risque
pas d'arriver alors.
Iyad Allaoui (si, si, vous vous en souvenez, c'était le premier
ministre que les américains avaient essayé de caser
juste après leur libération, on le voyait dans un meeting
de rue improvisé en train de se faire traiter de faux irakien
par des Baghdadis)
Allaoui, l'américain, donc semble redevenu un Irakien face
à la réalité: "Chaque jour, nous perdons
en moyenne 50 à 60 personnes à travers le pays, si ce
n'est plus (...) Si ce n'est pas une guerre civile, alors
Dieu seul sait ce qu'est une guerre civile."
Dans la réalité
Dans la réalité c'est effectivement une guerre
civile sauce libanaise qui est en train de se cuisiner: les milices
sunnites sont soutenues par Al Quaeda, les milices chiites sont soutenues
par l'Iran et ce sont les Chiites qui vont gagner puisqu'ils sont
beaucoup plus nombreux.
Tout le monde va s'égorger dans un joyeux bain de sang communautaire
jusqu'à ce que les Américains en aient assez de crever
pour rien (c'est à dire qu'ils ne peuvent plus crever pour
la liberté vu que le pays est libre) et ils s'en iront la queue
entre les jambes (c'est à dire sans pétrole). Alors
les mollahs d'à coté interviendront et rétabliront
le pays en annexant le sud et personne ne pourra les en empêcher
puisqu'ils seront devenus une puissance nucléaire.
Israël hurlera au danger antisémite de voir l'Iran annexer
la moitiée de l'Irak et se défoulera sur les palestiniens
(les musulmans ont déjà la moitié du monde, on
va pas leur filer un Etat en plus). Trop content le Hamas qui pourra
ainsi récupérer pleins de partisans et les envoyer faire
sauter des petites kippas dans des écoles de colonies non démantelées
et le Hezbollah qui hurlera au péril sioniste et à la
necessité de maintenir les syriens au Liban pour éviter
une nouvelle guerre civile et une nouvelle invasion israélienne.
Les terroristes rentreront dans leurs pays et mettront en application
les leçons apprises en Irak pour destabiliser les régimes
alliés du grand satan en Jordanie et en Arabie Séoudite
et aussi en Europe et aux Etats-Unis. Les anciennes dictatures finiront
par tomber au profit des fanatiques qui pourront voiler les femmes
et imposer la Charia.
Et on aura pleins de morts et de sang avec des versets de la bible
et du coran, de l'oppression, des milices, des dictateurs, des fanatiques...
Et des armes, oh oui, des armes... des armes à en pleurer,
des bombes aussi, à en vomir avec des attentats et des bouts
de chair partout.
Des orphelins de deux ans qui crient devant les caméras de
télévision, de grands élans humanitaires qui
finiront dans la poche des ordures de toujours. La paix l'amour et
le règne de Dieu pour exciser sa femme et égorger son
frêre. On verra des mollahs réciter du par coeur: kalache
dans la main gauche, coran dans la droite. On enverra des pasteurs
pour leur répondre avec une bible et un M-16.
Et des grands oiseaux noirs dans le ciel azuré du désert
venus éradiquer au napalm des écoles maternelle de terroristes.
On aura du dommage collatéral, excusez du peu. On aura des
frappes stratégiques, et des attaques ciblées. Des représailles
en juste cause, du feu et de la mort pour la libération, assassinats
en justice et surtout du rouge bien vif et tout chaud en guise d'égalité
entre les peuples.
Joyeux anniversaire, Irak
libre, et tout nos voeux de bonheur...