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Gbagbo et Chirac

La banlieue française continue de cramer

La France semble avoir perdue sa glorieuse tradition coloniale.
Depuis déjà trois jours, la Côte d'Ivoire, joyau de la décolonisation d'Afrique de l'Ouest retombe dans la violence.

Les partisans de Laurent Gbagbo, l'ordure au pouvoir, s'en sont pris aux casques bleus (qui à défaut de servir à quelque chose arrivent quand même à faire office de défouloir)

"Il y a eu quatre morts et douze blessés lorsque des assaillants ont voulu investir le camp des Bangladais. Certains d'entre eux avaient réussi à monter sur des blindés. C'est à ce moment-là que les casques bleus ont tiré à balles réelles", a affirmé une source militaire française.
Ca devait bien être la première fois, dans les annales de l'ONU qu'on utilisait des balles réelles. Manque de bol, au lieu de tirer sur des paramilitaires serbes ou sur une milice libanaise, l'ONU tire sur des noirs en train de manifester: attention l'ONU, tu prend de bien mauvaise habitudes...

Téléguidés par le pouvoir

Les manifestants protestent contre la décision du Groupe de travail international (GTI) chargé de suivre le processus de paix de ne pas prolonger le mandat de l'Assemblée nationale, dominée par les partisans du pouvoir, arrivé à expiration en décembre. Ils dénoncent une "atteinte à la souveraineté nationale".

Curieux, il faudrait se mettre d'accord: soit le GTI intervient dans les affaires souveraines de Côte d'Ivoire et maintiens les ordures en place, soit il ne fait rien (principale qualité de l'ONU) et laisse les ordures d'en face prendre le pouvoir.

«Nous demandons à tous les jeunes de descendre dans les rues pour exiger le départ des forces impartiales (les 7.000 Casques bleus et les 4.000 soldats français) et libérer totalement notre pays», a notamment déclaré le leader de la Fédération estudiantine et scolaire de Côte d'Ivoire (Fesci), le plus puissant syndicat d'étudiants du pays, proche de M. Gbagbo.

Histoire qu'il ne reste plus que des forces partiales... En d'autres termes, laissez nous nous égorger tranquille.
Espérons que cette fois ci, on leur vendra quand même des armes, parce que franchement, les guerres civiles à la machette, ça fait tache dans nos petites consciences occidentales.

Gbagbo s'en fout

Quatre morts et seulement une douzaine de blessés (rajouter celui étranglé discrètement par des militaires français il y a quelques mois), Gbagbo s'en fout. Des noirs, il en a plein son pays et il a pris l'habitude de les faire descendre dans la rue quand il se sentait coincé.

Il a aussi du cacao plein les poches. Principale richesse du pays, le cacao montre depuis quelques décennies, une certaine tendance à vouloir absolument s'échapper en Suisse, pas sous forme de chocolat mais sous forme de francs CFA.
Le temps qu'il finisse de piller le pays, il envoie donc ses partisans à l'assaut de l'ONU, histoire de prouver qu'il a encore des partisans.

Mais que vient faire la France dans ce merdier?

C'est vrai ça, où est donc passé notre bon sens colonial?
Où est il le temps où on remplacait les dictateurs Africains en les parachutant et où on résolvait les guerres civiles avec des barbouzes? Le temps où on faisait transiter des armes aux rebelles dans les caisses de la croix rouge?
A l'époque de Foccart, le Gbagbo, on l'aurait déjà remplacé (par un pire, c'est vrai, mais un pire "à nous", un qui se tient tranquille et exploite gentiement son pays sans faire de vagues.)

En fait la Côte d'Ivoire représente le symbole de notre décolonisation "réussie". Le "miracle ivoirien" est censé montré à toute l'Afrique de l'Ouest à quel point la présence française a développé le pays. Abandonner la Côte d'Ivoire, c'est dire adieu à toute l'oeuvre française post-coloniale, d'où la nécessité de "protéger les ressortissants" avec du contingent français.
Plus malins que les américains, les français ont eu l'intelligence de passer par l'ONU avant d'y aller.

Les accords de Marcoussis prévoyaient un gouvernement de réconciliation nationale. Gbagbo annonçait à leur signature: "Je n'ai pas gagné la guerre, et c'est pour cela que je dois discuter, faire des compromis. Je m'en vais dire aux Ivoiriens : je n'ai pas gagné la guerre, il faut en tirer les conséquences."
A son retour en Côte d'Ivoire, il se réarme et fait traîner en longueur l'application des accords (des divergences d'interprétation. On leur avait pourtant si bien appris le français...)

Mieux encore, il en profite pour bombarder accidentellement une base française faisant 9 morts parmi la force Licorne (et 94 africains mais comme il a respecté le quotat de conscience: 1 blanc pour 10 africains, tout le monde s'en fout.)

En intervenant, la France s'est mise à dos tout le monde. Gbagbo estime que la France protège les rebelles et veut le renverser et les rebelles, persuadés qu'ils marchaient sur Abidjan, accusent la France de protéger Gbagbo.
Du coup la France renvoie le dossier à l'ONU et vive l'Afrique...

Le plus surprenant

C'est que Gbagbo connaît très bien les rebelles.
Aux cotés du général Gueï en 1999, et avec Alassane Ouattara contre Guei
ensuite. Il est "élu" en 2000 en éliminant Ouattara grâce à la cour suprême ("nationalité douteuse")

Parmi les leaders politiques rebelles, Guillaume Soro, secrétaire général du principal mouvement rebelle (le MPCI), était précédemment secrétaire d'un syndicat étudiant proche du FPI de Laurent Gbagbo.
Louis Dacoury Tabley, actuel responsable des Relations extérieures du MPCI, a lui aussi longtemps été l'un des premiers responsables du FPI, parti de Laurent Gbagbo.

Ca laisse présager de l'avenir: Gbagbo ne tiendra pas éternellement et d'autres, pareils, sont prêts à prendre la place. Comme ils sont tous issus des mêmes cercles, on peut bien se douter que leur mode de gouvernement ne sera pas franchement différent du précédent.

Au mieux, si la France fait son travail correctement, il y aura moins de morts et le cacao de Côte d'Ivoire ira éponger la dette publique. Indirectement en fait, il faut espérer que les entreprises françaises, éprises de patriotisme, préféreront puiser dans les caisses ivoiriennes plutôt que dans le budget de l'Etat.

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